Enseignement professionnel

L’enseignement professionnel a une histoire institutionnelle complexe qui débute en 1945 avec la création des centres d’apprentissage marquant le début d’une formation ouvrière à grande échelle. Ainsi peut-on dire que l’enseignement professionnel participe à l’explosion scolaire des années d’après-guerre et initie, dans le cadre de son intégration dans le système scolaire en 1959,  une dynamique d’élévation du niveau de formation des ouvriers et des employés que le baccalauréat professionnel  vient confirmer en 1985. Mais à cette dynamique s’en superpose une autre qui fait de cette filière un lieu de scolarisation des élèves en difficulté lui accolant l’image d’une filière de relégation. Ainsi, malgré ses transformations et  les discours qui les accompagnent, tenant à la nécessaire revalorisation de l’enseignement professionnel (voir à ce sujet l’actuel campagne médiatique), l’enseignement professionnel  peine à se défaire de cette image.

Pour concilier au fil de son histoire de multiples enjeux- diversifier l’offre de formation pour répondre aux besoins du marché du travail, gérer les flux d’élèves, offrir une remédiation scolaire à des élèves en difficulté, favoriser l’accès du plus grand nombre à un diplôme de niveau IV , ouvrir à une poursuite d’études – l’enseignement professionnel  se caractérise par l’originalité de son offre diplômante dans le second degré. Au cours d’une première période, de 1945 à la fin des années 1960, le CAP, emblématique de la formation ouvrière, est le seul diplôme. Une seconde période allant du début des années 1970 à 1985 correspond à la création du BEP et à la fragilisation du CAP. Une troisième période allant de 1985 au début du XXIe siècle est marquée par la création du baccalauréat professionnel (1985). Durant ces trois périodes l’une des questions  centrale est celle de la définition du projet éducatif et culturel pour former les ouvriers et les employés.  Culture ouvrière pour les uns, elle est culture populaire pour les autres avant de devenir culture scolaire au fur et à mesure du rapprochement de l’enseignement professionnel  avec le second degré général et technologique.

La toute récente transformation de l’enseignement professionnel réaffirme l’importance à accorder aux métiers préparés dans la formation des élèves tout en incitant à la poursuite d’études qui se comprend dans un contexte qui  envisage 60% d’une classe d’âge au niveau licence tout en se préoccupant des stratégies à mettre en œuvre pour répondre aux enjeux socioéconomiques régionaux et nationaux.  C’est dans ce contexte que naissent les récents campus des métiers et des qualifications qui regroupent  des entreprises, des établissements d'enseignement secondaire  et d'enseignement supérieur « autour d'un secteur d'activité d'excellence correspondant à un enjeu économique national ou régional soutenu par la collectivité et les entreprises. » (http://www.education.gouv.fr/cid79563/les-campus-des-metiers-et-des-qualifications.html).

Ainsi penser l’enseignement professionnel oblige à croiser les logiques scolaires avec les logiques socio-économiques pour comprendre la « métamorphose permanente » (Maillard, 2017) de cette filière et les raisons qui obligent aujourd’hui à questionner  à nouveau le projet culturel et/ou éducatif  pour les actuels lycéens professionnels.  

Des chercheurs d’EMA s’intéressent à l’enseignement professionnel dans le cadre des recherches collaboratives avec le GPS et le projet LéA qui permettent de travailler étroitement avec des lycées professionnels et de penser l’articulation entre formation initiale et formation continue.  Un nouveau projet porté par EMA, intitulé « culture scolaire, culture professionnelle » réunit plusieurs chercheurs appartenant à des laboratoires différents, pour interroger dans une perspective diachronique et synchronique les contenus et les pratiques qui fondent la culture proposée aux élèves de l’enseignement professionnel.