Institut d'études avancées (IEA)

Crise et/en éducation. Epreuves, controverses et enjeux nouveaux

Cycle thématique Éduquer et transmettre : quelle école demain ?, axe Questions vives de l’école

Colloque de l’AECSE

Vendredi 28 et Samedi 29 octobre
Université Paris Ouest la Défense (Hauts-de-Seine)

Dans les sociétés occidentales contemporaines, on recourt ordinairement au vocable et à l’idée, supposée entendue, de « crise » pour nommer et représenter un certain nombre de phénomènes vécus comme déstructurants pour les personnes comme pour les institutions. Dans les domaines éducatifs formels ou informels, la « crise » est ainsi très fréquemment associée à l’idée d’une profonde dérégulation des institutions qui vient mettre en question leur fonctionnement et parfois leur existence. Elle est également associée aux expressions de la violence physique et symbolique qui semblent se multiplier et se banaliser dans l’espace public. À l’école, par exemple, c’est comme autant de manifestations ou de symptômes de la « crise » que sont représentés le quotidien des « incidents » dans des établissements, les difficultés accrues des enseignants dans l’exercice du métier, particulièrement sur les plans de l’autorité et de l’efficacité didactique, ou les nouvelles et multiples formes de « décrochage » des élèves. En secteur socio-éducatif, on parle de même spontanément en termes de « crise » pour dire les difficultés d’accueil des publics dans les structures, le décalage entre les objectifs politiques annoncés et les résultats constatés sur le terrain, et l’échec des dispositifs à enrayer les processus de ségrégation, voire de ghettoïsation sociale de certains territoires et populations. Enfin, la « crise » désigne les différends et les nouvelles formes d’incompréhension qui se produisent au sein de relations et des processus éducatifs intrafamiliaux et intergénérationnels. En cela, elle permet régulièrement de repérer et de penser des phénomènes inédits et des situations qui déconcertent l’intelligence et la compréhension collective. Par ailleurs, la « crise » s’avère être également l’un des motifs déterminants très souvent invoqués aujourd’hui pour justifier une action publique présentée comme incontournable, avec ses nouveaux modes de traitement des conflits et des problèmes sous le régime chronique de l’urgence. Un autre usage encore est fait de la « crise » quand elle sert à dénoncer les effets de transformation et de mise en question produits par les expérimentations et les initiatives innovantes, qu’elles soient portées par des politiques publiques ou par des acteurs locaux. Ces recours récurrents et multiples à la notion de la « crise » – dans l’analyse des situations, dans la légitimation ou dans la dénonciation des décisions et des innovations, dans les représentations du monde – demandent à être discutés. Le recours à la notion de « crise » permet-elle ou non une appréhension pertinente des situations et des évolutions éducatives actuelles et permet-elle d’en dégager certains aspects ou dimensions significatives, voire certaines contradictions structurelles ? Ou bien vient-elle au contraire limiter et obscurcir leur appréhension, voire l’empêcher, notamment en substituant l’interprétation et la spéculation à la connaissance factuelle et scientifique ? D’ailleurs, peut-on finalement même affirmer qu’il y ait quelque chose comme une crise éducative contemporaine ? Enfin, la crise n’est-elle pas dans nombre de cas une épreuve de rupture et de reconfiguration salutaires ? Ce colloque postule qu’il est nécessaire de procéder à une analyse critique de ces divers usages du terme de « crise », mais que ce terme de « crise » n’en demeure pas moins pertinent et fécond pour aborder et problématiser l’état actuel du champ éducatif. À l’encontre des approches simplificatrices et dramatisantes, l’option proposée est que cette notion peut être travaillée et déployée selon les deux angles suivants :
- en tant qu’analyseur, permettant d’une part d’appréhender les situations, les discours et évolutions éducatives actuelles en les corrélant les unes avec les autres et, d’autre part, de les interroger du point de vue de leur pouvoir transformateur ou reconfigurateur. Le défi est donc d’intégrer ou de réintégrer les analyses locales dans des perspectives multi-dimensionnelles, voire globales de type holistique et systémique ;
- en tant que moteur ou catalyseur d’actions donnant l’opportunité aux acteurs – publics comme de terrain – de concevoir et de mettre en œuvre des actions, des expérimentations et des politiques innovantes et créatives. Les épreuves et les ruptures décrites comme des « crises » (crise économique et question de l’insertion professionnelle des jeunes, par exemple) peuvent ainsi faire émerger, dans les champs éducatifs comme dans le champ social dans son ensemble, des réponses qui ont l’ambition et parfois le pouvoir de faire ou refaire sens et institution (comme le développement de l’éducation tout au long de la vie). Les actions et les discours qui les sous-tendent doivent toutefois être eux aussi soumis à l’analyse critique, en particulier en raison des usages sociaux et politiques dont ils peuvent faire l’objet. C’est cette double entrée que le colloque propose de mettre en œuvre et de soumettre à la discussion dans une dimension internationale, non exclusivement centrée sur les pays occidentaux ou anglo-saxons.

Dans cette perspective, les propositions de communications s’inscriront dans un des quatre axes thématiques et s’attacheront à :
- déconstruire le concept de « crise » et ses usages,
- identifier et analyser les mutations, les dynamiques et les contradictions structurelles d’un système, génératrices de discours sur la crise et d’usages de la notion de « crise »,
- contextualiser et analyser des discours et des phénomènes prégnants ou émergents, pouvant être associés à des constats et situations de crise (par exemple l’autorité, la violence, la laïcité, la ségrégation, la mixité, le rôle des parents, la préscolarisation, l’échec scolaire, l’éducation prioritaire, la formation des adultes, l’insertion professionnelle et, plus globalement, l’adaptation aux changements sociaux et économiques, les politiques publiques affectant l’éducation comme la Révision générale des politiques publiques, etc.),
- saisir les moments où l’on a recours à la notion de « crise », par exemple lorsqu’elle est mobilisée pour appréhender des situations ou des contradictions perçues comme ingérables, et leurs effets en termes de production de sens, d’innovations, de décisions et d’actions publiques.

Quatre axes thématiques 1 - Interrogations critiques sur la notion et le paradigme de « crise » 2 - La crise comme analyseur des évolutions éducatives contemporaines 3 - Expérimentations et innovations éducatives en réponse à la crise 4 - Crise, action publique, ajustements et arrangements locaux

Colloque ouvert aux chercheurs et enseignants-chercheurs, professionnels de l’éducation, de l’animation et du travail social.

 

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