AGORA

Journée d'études le samedi 25 février, sur le thème "revenir"

Journée d’études organisée par Jean-Claude Lescure, François Pernot et Éric Vial

(EA 7392 Laboratoire AGORA – Université de Cergy-Pontoise) en partenariat avec l’EPCC du château de la Roche-Guyon (dir. Yves Chevallier) avec le soutien du Conseil scientifique de l’Université de Cergy-Pontoise et du laboratoire AGORA

« REVENIR »

 Le migrant, son arrivée, son installation interpellent les Sciences sociales et les politiques publiques, mais aussi les Littératures et les Arts, avec en premier lieu la figure de l’exilé. Mais le retour est moins souvent envisagé, alors qu’il est dans les esprits, qu’il puisse ou non devenir réalité. Que le migrant soit parti avec l’idée de ne jamais revenir — et alors il ne s’agit plus d’« exil » stricto sensu mais de changement définitif de vie et de nouveau départ — ou au contraire avec l’espoir de revenir un jour quand la situation politique, économique, sociale du pays de départ sera meilleure, ou lorsque la peine de déportation ou la sentence d’exil aura été levée, la question du « retour » est rarement étudiée en tant que telle…

Le retour peut aussi être forcé, contraint, subi — l’expulsion — et donc vécu comme une seconde migration, celle-là non désirée, un déchirement et une plongée dans un inconnu anxiogène.

Mais le retour peut aussi être rêvé, attendu comme un futur idyllique et, réel ou symbolique, avéré ou fantasmé, il est parfois mis en scène comme une arme politique, voire lié à une vengeance, ou au contraire se faire avec le moins de publicité possible comme dans un souhait de retour à la « normalité » d’avant l’exil.

La diversité des situations de retour est infinie : le principal enjeu de cette journée d’études est sans doute de mettre en évidence la variété des cas au-delà même des migrations.

Retours souhaités, attendus, rêvés tout d’abord. L’Histoire est riche de ces moments de retour et des formes qui méritent d’être interrogées d’abord pour constituer une palette de cas, entre faits et représentations.

On peut plaisanter (mais est-ce une plaisanterie ?) sur le retour du refoulé ou celui de manivelle, ou sur Rambo II (il revient et il n’est pas content) – quoique ce dernier rappelle la place, dans la littérature populaire, tout à la fois de la répétition et du retour proprement dit, façon Monte Christo. On peut aussi rappeler, de façon non limitative, des moments et des formes à interroger selon les intérêts de chacun, pour obtenir une palette de faits et de représentations : éternel retour entre Éliade et Nietzsche ; retour d’Ulysse y compris dans la version canularesque de Giono ; Anabase de Xénophon et ses suites jusqu’à la « petite anabase rurale » qu’est le Sergent dans la neige de Mario Rigoni-Stern ; retour d’Énée sur la terre de son ancêtre Dardanus, associant allochtonie et autochtonie ; retour du chien de l’Écriture ou du Fils prodigue ; retour du Messie ou de l’imam caché ; retour de Martin Guerre ; retour séculairement différé « l’an prochain à Jérusalem » ; retours aux origines réelles ou mythiques, à une pureté originelle, à un passé perdu, de la Réforme ou re-formation jusqu’à la Révolution mimant la Rome de Brutus, mais aussi au discours génocidaire pol-potien délirant sur le « peuple ancien » ; retour des Émigrés en 1815 et en fait avant, n’ayant « rien appris ni rien oublié » et pourtant si différents d’avant 1789 ; Cent Jours ; retour des cendres de Napoléon ou de dépouilles d’exilés ; refus hugolien de l’amnistie autorisant le retour (« Et s’il n’en reste qu’un… ») ; retour des Communards exilés et bannis ; retours de descendants d’esclaves en Afrique (Libéria) ou dans des substituts (Saint-Domingue) ; discours puis réalités du retour dans le mouvement sioniste, et revendications palestiniennes symétriques ; retour fantasmé de forces très anciennes, avec un roman d’Edward Bulwer Lytton, La Race à venir — qui vient du passé et des profondeurs de la Terre ! —, mais aussi le thème des Grands Anciens, ou des Anciens Dieux chez H.P. Lovecraft ; retour des prisonniers et des déportés à la Libération, et d’exilés de divers pays comme les antifascistes, et tentatives de retour antifranquistes entre guérilla, constatation que La Guerre est finie et au bout du compte découverte — Franco « tout à fait mort » et la démocratie rétablie — d’un pays devenu autre ; retours politiques après une traversée du désert ou une disparition orchestrée ou non (De Gaulle en 1958 et 1968 ; ou, en 1979, l’Ayatollah Khomeini) ; cas fictionnels entre Colonel Chabert et, déjà évoqué, Le Comte de Monte-Cristo ; et pourquoi pas retours surnaturels et ésotériques avec les revenants et la multiplication des apparitions au XIXe siècle et les dialogues spirites avec les esprits ?

En allant plus loin, les retours peuvent être si escompté, rêvés que la possibilité de leur absence fait vaciller la réalité, comme dans Si le soleil ne revenait pas de Ramuz, dont il fut question lors d’une précédente journée d’études, ou encore que, lorsque l’occasion survient, il deviennent impossibles et il y a une belle métaphore de l’impossibilité non pas politique ou matérielle mais psychologique du retour, de ces retours attendus puis finalement craints et subis, à la fin des Voyages de Gulliver ou de Robinson Crusoé.

Et puis, il y a les retours forcés, contraints, douloureusement subis. Ce sont les retours impossibles des minorités nationales : en 1945, le « retour » des minorités allemandes et des Italiens d’Istrie ; en 1962, le « retour » en métropole des Pieds Noirs ; ou encore les retours en forme d’échecs comme le chante Reggiani dans « l’Italien » après avoir trouvé ses allumettes dans un bar du Massachusetts : « ouvre moi la porte, che non ne posso proprio più… »

Ces exemples ne seront certes pas tous traités, peut-être seuls d’autres le seront-ils, mais ils donnent une idée de la variété des exemples possibles, de la multiplicité des cas, des ressemblances et des différences dont rendront compte les rapprochements entre communications, dont nous souhaitons qu’elles offriront un panorama le plus interdisciplinaire possible…

Organisateurs et contacts :

Pour toute proposition de communication contacter les organisateurs (message aux trois !)  avant le 15 décembre jc.lescure @ wanadoo.fr , françois.pernot@u-cergy.fr (fran%C3%A7ois.pernot @ u-cergy.fr) , vialeric @ club-internet.fr

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