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Entre État moderne et État Nation. La conception révolutionnaire du lien souveraineté/territoire en France (1789-1793)

Gaïd ANDRO

L’histoire de l’État en France s’inscrit assez traditionnellement dans la continuité entre deux récits : celui de la construction de l’État moderne (XIVe-XVIIIe) et celui de l’affirmation de l’État-Nation (XIXe- XXe). Ces deux généalogies consécutives se fondent sur une articulation automatique entre domination politique et territoire ou, pour le dire autrement, entre État et contrôle du territoire. 

L’ambition de cet article est justement d’interroger le moment de transition entre ces deux conceptions de l’État. Conceptions qu’il nous faut, à la suite de Foucault, envisager comme des « principes d’intelligibilité du réel » et non comme des catégories réifiées. En France, cette période de transition correspond à une décennie révolutionnaire où se repense, voire se « régénère », le rapport entre l’État et son territoire, notamment par la redéfinition politique de l’administration territoriale. Notre approche se propose d’extraire des prismes du XIXe siècle et des lectures historiographiques postérieures, la pensée administrative développée par les révolutionnaires. Dès les débats constitutionnels de l’automne 1789, les révolutionnaires ont tenté de structurer un territoire libre. Cette logique théorique s’est traduite par le découpage départemental (reconstruction du territoire) puis par la nouvelle structure administrative mise en place dans les différents échelons crées ex-nihilo par les constituants. Elle a aussi induit, bien au-delà de la simple spéculation théorique, une véritable pratique administrative fondée non plus sur la nécessité du contrôle par le centre politique mais bien sur un espace « architecturé » (Foucault) où s’articulent deux conceptualisations corollaires du territoire : l’empire de la loi (imperium) et la fédération volontaire des territoires de l’administration (idéal de fédération de 1790). 

 Mots clés : administration, fédération, État, territoire, Révolution française, Gaïd Andro, Les Cahiers d’AGORA.

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