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Journée d’étude du GIS PluralitéSlinguistiqueS et culturelleS

Situations linguistiques et politiques d’aménagement et d’enseignement du français dans le monde francophone. Quels problématisations, logiques, paramètres ?

22.03.2013

Marie-Madeleine Bertucci (coord.)

Objectif scientifique :
- Cette journée d’étude s’inscrit dans la continuité et le prolongement de travaux précédents du pôle LaSCoD :
*La journée d’étude de juin 2008, qui a débouché sur la publication de l’ouvrage Transfert des savoirs et apprentissage en situation interculturelle et plurilingue (Marie-Madeleine Bertucci et Isabelle Boyer coord. Paris, L’Harmattan, 2010) auquel ont participé les chercheurs du pôle LaSCoD (Jacques David, Muriel Molinié, Béatrice Turpin)
*le colloque « Les français régionaux dans l’espace francophone » des 14 et 15 mars 2012 (Marie-Madeleine Bertucci coord., publication prévue chez Peter Lang, collection dirigée par Jürgen Erfurt « Langue, plurilinguisme, changement social » au premier semestre 2013).
- Elle vise à poursuivre l’analyse du plurilinguisme et de la variation menée depuis de nombreuses années par les chercheurs du GIS Pluralités linguistiques et culturelles.
- Elle cherche à dégager des axes pouvant nourrir des propositions d’aménagement linguistique en vue d’orienter les  politiques linguistiques-éducatives en articulant la réflexion sur le français dans des contextes diasporiques plurilingues, en France et dans le cadre de la francophonie.
- Elle s’appuie sur le constat d’une absence d’ouvrages de synthèse sur le sujet articulant aménagement linguistique,  sociolinguistique et didactique et portant  sur la diversité des situations linguistiques dans le monde francophone, dans le cadre de l'enseignement du français langue première ou seconde.
- Enfin, elle se traduit au plan didactique par une remise en cause de l’universalisme scolaire et par une conscience de la nécessité de diversifier et de contextualiser les paysages didactiques, du fait de la transformation des situations et des publics, afin d’aboutir à une diversification des langues.

 Etat de l'art
Les politiques nationales d'enseignement du français dans les pays francophones tiennent-elles compte dans leurs principes et dans la rédaction des programmes scolaires des  situations linguistiques existantes ? À quels objectifs d’enseignement-apprentissage répondent les stratégies mises en œuvre au regard de la place effective tenue par le français dans le cadre de situations qui diffèrent d’un pays à l’autre ? À quelle demande effective (politique, économique, culturelle) et compte tenu de la diversité des contextes, cette offre de diffusion du français  correspond-elle ?
Dans les contextes plurilingues qui sont envisagés,
le français est une langue vivante parmi d'autres langues : quels sont les domaines clairement dégagés pour décrire son fonctionnement ?

L’orientation de la journée d’étude s’inscrit dans une perspective de politique linguistique- éducative replacée dans le cadre plus général de la politique nationale de diffusion du français menée tant par la France que par d’autres pays francophones. Il conviendra notamment de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les politiques mises en place n’ont pas été opératoires, ensuite sur les ruptures et la recherche d’une innovation dans une perspective historique, politique et diplomatique en lien avec la notion de francophonie. La journée d’étude aura donc d’abord une visée historique en relation avec l’histoire des politiques de diffusion, de promotion ou de sauvegarde du français.

Elle tendra à montrer ensuite que la situation linguistique effective est peu prise en compte dans les politiques d’enseignement du français dans l’espace francophone (Bertucci, 2006) pas plus que les notions de pluralité et de diversité des contextes (Castellotti, Chalabi, 2006). Elle reste très souvent influencée, en dehors de France, par un modèle didactique hexagonal (Bourderau, 2006). Autrement dit, on ne trouve pas trace dans les programmes scolaires des pays concernés de l’existence d’une norme endogène du français (Carayol, 1984). Les variétés locales de français ne sont pas mentionnées par les textes officiels alors même que leur existence est attestée et qu’elles peuvent être une source de difficultés pour les élèves (Dumont, 2008 ; Manzano, 2008). Les langues nationales ne sont pas pensées en complémentarité avec le français. Le plurilinguisme ne semble donc pas au moins dans ces documents une donnée didactique et l’enseignement du français n’est pas envisagé dans une perspective d’aménagement linguistique, au point qu’on a pu parler d’un « développement séparé » des langues en francophonie du Sud (Chaudenson, 2001).  Si la promotion des langues nationales est affirmée dès la conférence générale de Maurice en novembre 1975, peu de précisions sont données sur la nature de ce développement (Canut, 1997 ; Tréfault, 2001 ; Baker, 2006). Les relations explicites des langues nationales avec le français sont rarement formulées dans une perspective d’éducation et de développement (Tabi-Manga, 2002). La pluralité est reconnue mais sans la mise en place d’une complémentarité, ayant pour but de légitimer le statut de langues perçues comme non légitimes ou moins légitimes et d’identifier leurs fonctions sociales (Beniamino, 1996 ; Calvet, 1999, 2001). La même question peut être posée pour le français, son statut et la variété cible car  le français et son enseignement sont parfois perçus comme non problématiques (Chaudenson, 2001). Cette perception des situations linguistiques a conduit certains observateurs  à considérer qu’il peut exister, dans les situations plurilingues, des langues « pures » (Robillard, 2007), figées dans des différences essentialisées, indemnes de tout contact et à ignorer l’existence des situations « interlectales » (Prudent, 1981), de formes linguistiques « métissées », de compétences nouvelles « plurilingues et interculturelles » et d’  «endonormes » (Blanchet, 2010). Au bout du compte, on soulignera que les situations plurilingues ont fait évoluer la notion même de francophonie. En effet, si le français continue d’avoir une place de choix dans l’espace francophone, il est soumis à une forte pression variationniste et en contact/conflit avec un grand nombre de langues (Robillard, 2010).

Les points suivants pourront être abordés : variations du français, diasporisation des langues (Simonin, 2010), didactique du plurilinguisme, variété scolaire du français à enseigner et relations avec la  norme endogène, appropriation du français et construction de connaissances par l’école dans un contexte plurilingue, représentations de la/ des  langue(s) à acquérir, aménagement linguistique, politiques linguistiques-éducatives,  instrumentalisation et standardisation des langues vernaculaires pour leur diffusion dans le système scolaire, formation des enseignants, politiques linguistiques-éducatives, histoire de la diffusion du français.

On privilégiera pour l’analyse les démarches qualitatives, dans une perspective constructiviste, en s’interrogeant sur les méthodologies à construire pour rendre compte de ces phénomènes, sans les simplifier à travers une approche exclusivement descriptiviste, et en les restituant dans toute leur complexité.

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