AGORA

Séminaire transversal

Communauté/communautés en francophonie

La question de la communauté s’énonce et se pose de plusieurs manières, parfois concurrentes et pas toujours compatibles. C’est l’articulation problématique voire la tension entre ces formes qu’il s’agira d’étudier et d’interroger.

 Il y a d’un côté l’idée globale et abstraite de Communauté et de commun (bien commun, vie commune, etc.). La communauté est alors un idéal politique, idéal du vivre-ensemble au-delà des appartenances ou des hasards de la vie, comme dépassement des contingences dans un projet politique raisonné. Celui-ci s’appuie sur l’évidence d’une existence partagée, d’une appartenance commune par-delà les appartenances, et entend transcender les tout aussi évidentes différences. C’est avant tout en ce sens une utopie, une direction, une aspiration.

 De l’autre, des regroupements à une échelle plus réduite qui débouchent éventuellement sur des réalisations concrètes à l’intérieur du corps social (communautés nationales, politiques, religieuses, ethniques, linguistiques, etc.). Par nature, celles-ci s’écartent --du moins en apparence-- de cet idéal intégrateur, mais il faudra se pencher sur cette éventuelle déconnexion : ces communautés signifient-elles un retrait du tout social, le repli sur des affinités ou des identités, l’abandon d’un projet de réconciliation, d’un englobement plus large, voire universaliste ?

 Car dans sa première acception, la communauté, puisqu’elle n’est qu’un projet, est difficile à vivre au quotidien. Les secondes s’appuient souvent au contraire sur l’existence de regroupements déjà en place, elles ont donc un ancrage fort et parfois ancien dans la réalité. Mais tout groupe fonde-t-il une communauté ? de quelle nature doit être le « commun » en jeu dans celles-ci pour que ces regroupements puissent être dits « communautés » ? Faut-il au moins une référence à l’idéal de Communauté ?

 Historiquement, avec le développement d’une « société des individus » et plus récemment l’échec des grands projets politiques, on a constaté l’éloignement de l’idéal de la Communauté – réunion ou réflexion autour d’un bien commun et d’un être commun – et le développement de communautés autour de critères de rassemblement de natures diverses.Cependant les nouveaux moyens de communication ont imposé une recomposition profonde de ces questions : avec leur pratique du « réseau » (les réseaux sociaux), le web, facebook, etc., ont à la fois virtualisé la Communauté et donné une nouvelle vigueur à celle-ci, modifiant le sens des appartenances concrètes. De ce point de vue, la mondialisation rend sans doute plus forte encore la séparation entre Communauté et communautés tout en invitant à repenser les articulations nouvelles entre les deux. L’avènement du travail « participatif » et « collaboratif » (dans les médias, la construction de l’information et donc du réel, les entreprises, les processus d’apprentissages et même dans les arts et jusque pour la création en littérature) inaugure-t-il alors de nouvelles formes  de  communautés ?

 La question de l’échelle est ici bien évidemment capitale : que signifie communauté  dans « communauté européenne », « communauté linguistique », « communauté religieuse », « communauté des utilisateurs de tel ou tel logiciel »… Où se place la francophonie dans ces ensembles et à quelle échelle peut-on l’envisager ?Les remises en cause du projet francophoniste par la pensée post-coloniale et son étalon « l’empire », ou celles de la littérature-monde en français et de sa référence à une « république mondiale des lettres », interrogent également la nature supposée et voulue de la communauté francophone.On voit qu’une telle réflexion engage des questions géographiques, géo-politiques, stratégiques importantes. Au-delà,ce sont les évolutions des différentes formes de segmentations sociales (et de regroupements sociaux) qui sont à interroger : des différences de sexe, de sexualités, de classes, de religions et les communautés auxquelles elles donnent naissance.A l’horizon de ces questions se jouent bien des débats actuels sur le communautarisme et sur le multiculturalisme, qui influeront par voie de conséquence sur le sens que prendra à l’avenir la notion d’« espace francophone ».

 Plus largement, le projet communautaire est inscrit au cœur des inventions des littératures, des arts, des langues, des cultures, des formes de vie en général. Dans une perspective Rancièrienne, très en vogue aujourd’hui, on est devenu plus conscient en particulier du fait que toute œuvre d’art, en particulier littéraire, reconduit ou déplace un « partage du sensible » qui est un découpage politique de la réalité qui dit, souterrainement, un rapport à la Communauté et crée des communautés en tranchant par les mots dans les expériences sensibles. La littérature française et francophone est donc ainsi un terrain de lecture privilégié de ce que l’on souhaite construire comme ensemble à travers la langue commune.

Alors comment penser l’articulation Communauté/communauté aujourd’hui en francophonie ?comment les écrivains francophones l’inscrivent-ils dans leur pratique concrète de la littérature ?

15 janvier - premier séminaire

14h-17h, salle des thèses, chênes 2, UCP

Voir le programme de la première journée

Séminaire transversal 18 juin 2013

9h45-16h, salle des thèses, UCP

deuxième séance communauté/communautés

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