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« En soi et hors de soi » : l’écriture d’Annie Ernaux comme engagement

19.11.2014 - 20.11.2014

Colloque international organisé par le CRTF et le CCIC.

A une époque où la littérature engagée apparaît souvent comme suspecte, Annie Ernaux insistait dans « Littérature et politique » (1989) sur le caractère inévitable de l’engagement par l’écriture :

« L’écriture, quoi qu’on fasse, « engage », véhiculant, de manière très complexe, au travers de la fiction, une vision consentant ou non à l’ordre social ou au contraire le dénonçant. Si l’écrivain et ses lecteurs n’en ont pas conscience, la postérité ne s’y trompe pas. Il n’y a pas d’apolitisme au regard de l’histoire littéraire. »

De fait, qu’il s’agisse de relater son avortement clandestin, de restituer son histoire d’émigrée de l’intérieur, d’interroger son existence de femme, de rédiger un « journal du dehors » de sa vie à Cergy ou, plus fondamentalement, d’« écrire la vie », le souci permanent d’Annie Ernaux, via un je « transpersonnel » et des textes dont l’auteur revendique la  démarche parfois plus sociologique que littéraire (des « ethnotextes », des « auto-socio-biographies »), est de se confronter au réel, d’interroger l’ordre du monde : «  ce lien entre exercice de l’écriture et injustice du monde, je n’ai jamais cessé de le ressentir et je crois que la littérature peut contribuer à modifier la société ».

Que ce soit au niveau de l’intime, du social ou du politique, l’écriture d’Annie Ernaux déplace les frontières et « engage »  le sujet, celui de la mémoire, celui du rapport au temps et à l’époque, celui de la relation aux autres et à soi :

« Je ne peux pas concevoir de faire des livres qui ne mettent pas en cause ce que l’on vit, qui ne soient pas des interrogations, des observations de la réalité telle qu’il m’est donné de la voir, de l’entendre ou de la vivre, ou de m’en souvenir. Une littérature qui m’engage et qui engage le lecteur. » Annie Ernaux participe finalement elle-même de ce que des auteurs comme Beauvoir (« sur la condition des femmes ») ou  Bourdieu (« sur la structure du monde social ») lui ont permis de ressentir : « l'irruption d'une prise de conscience sans retour ».

Ce colloque visera ainsi à saisir une œuvre qui refuse les clivages traditionnels entre littéraire/non littéraire et ne cesse d’innover formellement et intellectuellement. Des chercheurs d’horizons divers (littéraires bien sûr, mais aussi sociologues, historiens et linguistes) examineront l’écriture d’Annie Ernaux dans la perspective de  « l’engagement ». Quelle est la nature de l’engagement de l’auteur ? Quelle(s) forme(s) cet engagement prend il chez Annie Ernaux ? A-t-il évolué au cours du temps, dans ses propos et dans son œuvre ? Peut-on redéfinir l’engagement littéraire au XXIe siècle à la lumière de cette œuvre ?

Voir le programme

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Comité scientifique :

Bruno Blanckeman (Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle), Pierre-Louis Fort (Université de Cergy-Pontoise), Barbara Havercroft (Université de Toronto), Violaine Houdart-Mérot (Université de Cergy-Pontoise), Jean-Claude Lescure (Université de Cergy-Pontoise).

Contacts : Pierre-Louis Fort : pierrelouisfort @ gmail.com ; Violaine Houdart-Merot : violaine.houdart-Merot @ u-cergy.fr; Jean-Claude Lescure : jc.lescure @ wanadoo.fr

 copyright: photo d' Olivier Roller (http://www.olivierroller.com/)

 

Pour prolonger le colloque: voir l'adaptation théâtrale des Années d'Annie Ernaux par la compagnie de théâtre Zon'Art le mercredi 19 novembre 2014 à 18h ou à 20h30 au Théâtre 95 et La vie extérieure mis en scène par Hugues Demorge le jeudi 20 novembre à 20h30 au Théâtre 95. Réservations : 01 30 38 11 99reservation@theatre95.fr

 

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