EMA

Silvia Valentim

Entre gestion et éducation dans la petite enfance au Brésil et en France : des implications professionnelles sous tension

29.03.2016 - 29.03.2016

La soutenance aura lieu le 29 mars 2016 à 14 h, à l’Université de Cergy-Pontoise, Site de Gennevilliers (ZAC des Barbanniers, avenue Marcel-Paul, 92230 Gennevilliers) Salle F135

Le jury sera composé de :

Julie Delalande, Professeure des universités en Sciences de l’éducation, Université de Caen, France (Rapporteuse)

Zoia Ribeiro Prestes, Professeure en éducation, Université Fédérale Fluminense, Brésil, (Rapporteuse)

Sylvie Rayna, Maitresse de conférences, Université Paris 13 Nord

Ligia Aquino, Professeure en éducation, Université de l’Etat de Rio de Janeiro, Brésil

Jader Janer Moreira Lopes, Professeur en éducation, Université Fédérale de Juiz de Fora, Université Fédérale Fluminense, Brésil (Directeur de thèse au Brésil)

Gilles Monceau, Professeur des universités en Sciences de l'éducation, Université de Cergy- Pontoise (Directeur de thèse en France)

 

Résumé 

Cette recherche doctorale concerne les nouvelles formes de gestion, issues du nouveau management public en vigueur dans les lieux d’accueil collectifs de jeunes enfants (la crèche) en France et au Brésil. Reposant sur des enquêtes de terrain, elle s’appuie sur ce que les professionnels disent et montrent de leurs implications éthico-politiques (Demailly, 2008) dans le rapport qu’ils entretiennent avec l’institution (Monceau, 2014). L’analyse du processus d’institutionnalisation de la crèche, dans les deux réalités nationales étudiées, dévoile de fortes tensions entre les acteurs quant à l’intérêt social de ce type d’établissement. Il semble que les demandes des familles, préoccupées par l’obtention de places dans les structures collectives (ou autres), celles du monde de l’entreprise et celles des professionnels n’arrivent pas à s’accorder. Les impératifs économiques priment de plus en plus explicitement sur toutes ces demandes et se retrouvent dans les discours des uns et des autres. Ces derniers prennent la forme de dénonciations, mais parfois aussi de justifications de pratiques destinées à garantir le bien-être et la qualité de l’accueil des enfants (OCDE, 2007).

A travers une étude ethnographique et socio-clinique, nous avons cherché à saisir comment les professionnels qui interviennent dans les structures d’accueil de jeunes enfants, en France et au Brésil, comprennent et vivent les transformations engendrées par les impératifs socio-économiques. Nous mobilisons le cadre théorique de l’analyse institutionnelle (Lourau, 1970) et considérons la petite enfance (ses structures et modes d’accueil) comme une institution dans la mesure où son intérêt est largement reconnu et ses pratiques instituées dans notre société. Les enquêtes menées par immersion dans ces deux pays (France et Brésil), si lointains et si différents, ne s’inscrivent pas dans une démarche comparative mais dans une approche située (Sakoyan, 2008). Notre objectif a surtout été de mettre en regard les évolutions éducatives et gestionnaires du secteur de la petite enfance dans ces deux réalités nationales, afin que chacune puisse interroger l’autre. Cette démarche doit permettre d’identifier la manière dont les professionnels sont impliqués dans ces processus et comment ils s’autorisent (ou non) à penser leurs effets sur leurs implications et leurs pratiques professionnelles. Les analyseurs des tensions entre les dimensions éducatives et gestionnaires sont apparus lors des investigations socio-cliniques. Ils mettent en question la division sexuée du travail, les références mobilisées par les professionnels du secteur et les rapports que les professionnels entretiennent avec les dimensions politiques qui déterminent les modes de gestion. L’institution, par sa complexité, semble échapper à leur compréhension tout en guidant leurs actions et peut donc être caractérisée comme un non-savoir. (Lourau, 1970).

La recherche montre finalement comment les principes de la nouvelle gestion publique imprègnent les pratiques éducatives quotidiennes de la petite enfance. Pour autant, cette logique ne transforme pas, voire renforce, les dimensions les plus conservatrices de l’institution de la petite enfance.

 

Abstract

This doctoral research project concerns new forms of administration, borrowed emerging from new public management, in use in childcare services (crèches) in France and Brazil. Based on an empirical study of what professionals say and demonstrate regarding their ethical-political perspective (Demailly, 2008) with regards to the institution (Monceau, 2014), the analysis of the process of institutionalisation of the crèche, in both national realities studies, reveals strong tensions between actors regarding the social interest of this type of establishment. It appears that family preoccupations with access to spaces in centres (or other types of childcare), business preoccupations, and professional preoccupations do not align. The economic imperatives prevail more and more explicitly over all others and are referred to in each groups’ discourse. These referrals often take the form of denunciations, but are also sometimes frames as the justification of practices in order to guarantee well-being and childcare quality (OECD, 2007).

Through an ethnographic and socio-clinical study, we sought to understand how the professionals working in French and Brazilian childcare centres comprehend and experience the transformations brought about by these socio-economic imperatives. Relying on an institutional analysis theoretical framework (Lourau, 1970) and considering early childhood (structures and types of care) as an institution in the sense that its interest is largely recognized and its practices instituted in society. The investigation was carried out through immersion in the countries (France and Brazil) that are so far away and so different from one another, and was not considered a comparative study, but rather employed a situated approach (Sakoyan, 2008). Our primary objective was to highlight the educational and administrative evolutions in the early childhood sectors of both national realities, in order for each to interrogate the other. This process is intended to identify how the professionals are implicated in these processes and how they authorize themselves (or not) to think about their effects on their implication and professional practices. These analyzers of tensions between the educational and administrative dimensions appeared during the socio-clinical investigations. They challenge the gendered division of labour, the references mobilized by the professionals and the relationships that the professionals maintain with the political dimensions that determine the administrative methods. The institution, by its complexity, appears to escape their understanding, while guiding their actions and can possibly be characterized as unknowable (Lourau, 1970).

Finally, the study demonstrates how the principles of the new management public permeate the daily educational practices of early childhood. However, this logic does not transform, but reinforces, the most conservative dimensions of the early childhood institution.

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