MRTE

La "territorialité mobile". Réflexion(s) sur les relations entre territorialité et mobilité

23.11.2017 - 23.11.2017

Intervention de Jean-Baptiste Frétigny à la table ronde du séminaire organisé par l’équipe Villes & territoires de Pacte (Université Grenoble Alpes), en collaboration avec le CIST (dans le cadre de l’axe Mobilités, identités et territoires) et le laboratoire
Citeres (Université de Tours).

La notion de territorialité mobile émerge dans plusieurs travaux récents (Cattan, 2014 ; Frétigny, 2013 ; Terrhabmobile, 2013) et a notamment été travaillée dans le cadre d’un programme ANR examinant la construction de nouveaux modes de vie sous l’effet de la mobilité. Celui-ci a donné lieu à une première tentative de problématisation et de formalisation et a conduit à la définir comme « un agencement de lieux et de moments investis de significations, d’usages ou encore de sociabilités qui, dans l’ordre du vécu, tissent des liens et assurent la continuité entre les sphères socio-géographiques de l’individu. Elle se fonde sur l’idée que la mobilité spatiale, comme principe de gestion des distances et d’accès aux ressources, est une activité fondamentale de la vie des individus et, par là-même, un cadre de l’expérience » (Cailly, à paraître). Le séminaire veut poursuivre ces réflexions et en évaluer la portée théorique et problématique au sein du champ des études sur la mobilité.
L’idée de territorialité mobile vise à analyser l’articulation entre territorialités, individuelles et collectives, et mobilité. Elle cherche à dépasser les approches fonctionnelles et spatialistes des déplacements pour explorer une perspective relationnelle du rapport au territoire. Dans l’organisation, le vécu, la spatialité de la mobilité, elle explore les liens avec des logiques ressortissant de la territorialité : proximités résidentielles, fonctions des lieux de destination et d’origine, solidarités, proximités. Elle veut notamment mettre l’accent sur les relations (symbolique vs fonctionnel, individu vs collectif, réseau vs territoire, mobilité vs habitabilité) par lesquelles l’individu construit son rapport au monde au travers de spatialités multiples. Elle conduit de ce fait à donner substance et sens aux déplacements, faisant l’hypothèse qu’ils « font territoire » et se réalisent « avec » le territoire.
L’enjeu est donc épistémologique. Par ce terme synthétique, il s’agit de réinterroger la notion de territoire à l’aune d’une nouvelle métrique, de repenser aussi la dialectique territoire/réseau au travers d’une perspective relationnelle et pragmatique. Cette approche rejoint des champs d’investigation émergents des mobility studies : interactions entre passagers dans les habitacles ou les lieux de transit, mouvements sociaux et identités liés à la mobilité, compétences et ressources de mobilité, temporalités et routines, covoiturage, technologies de communication/technologies de transports, etc. ; dont il faut voir comment ils peuvent nous inspirer et comment notre perspective peut y contribuer.

Le séminaire a trois objectifs :
– une identification des approches et thèmes émergents, qui questionnent l’agencement des territorialités. Géographie des passagers, territorialité de la route, itinérance, sociabilités de mouvement, mobilité partagée, etc. : quels objets et quelles analyses empiriques sont investis et renouvellent les conceptualisations ?
– une réflexion sur les démarches théoriques (pragmatisme, interactionnisme, géographie du sensible), les méthodes ou les champs thématiques mobilisés (habiter, durabilité, motivations).
– identifier, suivant une visée programmative, les verrous à lever, les analyses empiriques à mener pour approfondir la connaissance de cette territorialité mobile, les problématisations et des objets heuristiques pour l’analyse (opérateurs de réseaux, comités d’usagers, patrimonialisation des routes, genre).

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