MRTE

Patrimonialisations des (im)migrations : acteurs, lieux et enjeux d’une invention contemporaine

Elizabeth Auclair (MCF Géographie Aménagement), Anne Hertzog (MCF Géographie), Marie-Laure Poulot (ATER, Géographie, UCP/UPX) - Laboratoire MRTE, UCP / Master Développement Culturel et Valorisation des Patrimoines

Depuis le début des années 2000, le « patrimoine de l’immigration » est une catégorie patrimoniale qui s’est imposée dans l’espace public en réponse à l’injonction politique et à la demande sociale, dans un contexte marqué par la mondialisation et l’intensification des flux migratoires, les tensions et violences sociales, urbaines et politiques (débats sur « l’identité nationale », émeutes de 2005…) sans oublier les recompositions territoriales liées aux rénovations urbaines. La mobilisation d’associations et de collectifs, militant pour un changement de regard sur les communautés, les lieux et les quartiers de l’immigration, articulée à la multiplication des travaux académiques, en particulier dans le champ de l’anthropologie et de l’ethnologie, ont contribué à  l’invention d’un patrimoine multiple, sensible et ambivalent. En effet, cette reconnaissance repose sur les pratiques « légitimantes » de la « fabrique patrimoniale » comme la collection, le musée, l’exposition, le classement de lieux au titre de MH, la constitution de corpus d’archives… mais bien souvent elle se construit et s’invente « en dehors » des institutions patrimoniales, s’ancre dans des lieux peu visibles, repose sur des pratiques « alternatives » de mobilisation du passé comme le travail artistique, le recueil de mémoires, les pratiques festives ou éphémères. Enfin, ce patrimoine qui se définit également par sa « fonction » sociale et politique comme « outil d’intégration » est inégalement approprié par les communautés, demeure illégitime voire se construit en patrimoine « négatif » (Ribert).

Nous souhaitons aborder ce patrimoine ambivalent sous plusieurs angles en croisant les regards de chercheurs issus de disciplines différentes, d’acteurs institutionnels et d’acteurs culturels militants qui développent des pratiques variées. Quelques questions guident la réflexion, qui portera très largement sur la ville : En quoi la patrimonialisation des (im)migrations, comme forme de mobilisation du passé dans l’espace public en situation post-coloniale et multiculturelle, est-elle une invention problématique? En quoi le recours au patrimoine permet-il de construire la ville cosmopolite ? Valoriser les mémoires et patrimoines des (im)migrations : de qui ? pour qui ? par qui ? Muséaliser, catégoriser : quelles sont les figures de l’immigré construites par musée national de l’histoire de l’immigration ? Constituer et conserver un « trésor » poétique. Entre arts et archives, pourquoi faire de la diversité linguistique un patrimoine urbain ? Inventer le quartier comme un patrimoine de l’immigration permet-il de « changer le regard » sur la ville ?

Au-delà de la délicate question de l’identification d’un tel patrimoine, l’étude des enjeux et des usages de la patrimonialisation des (im)migrations est centrale dans ce séminaire, de même que celle des acteurs : la patrimonialisation des mémoires de l’immigration est-elle l’expression d’une « démocratie patrimoniale » (Tornatore) ? Enfin, interroger (ce) qui fait « patrimoine de l’immigration » c’est, selon nous, porter la réflexion sur des lieux où se recompose/renégocie l’idée d’appartenance (nationale, locale…). C’est enfin explorer les constructions identitaires contemporaines, complexes en situation post coloniale et multiculturelle, et les ressorts de leurs inscriptions/assignations territoriales.

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