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Berenson : le robot amateur d’art

28.02.2017

Après plusieurs mois d’expérience de terrain au musée du quai Branly, le robot amateur d’art, baptisé Berenson, a retrouvé sa place dans le laboratoire ETIS. Il est une nouvelle fois au cœur de l’actualité, puisque Ali Karaouzene lui consacre une thèse soutenue le 28 février à l’UCP.

Robot Berenson (© P. Raimbault / CACP)

Avec son chapeau melon, son pardessus et son écharpe, le robot Berenson n’est pas inaperçu au musée du quai Branly l’an dernier.
Durant les cinq mois d’expérience menée par les chercheurs du laboratoire ETIS, les journalistes ont consacré de nombreux sujets à ce robot qu’ils ont décrit comme un critique d’art.

« L’engouement médiatique s’explique par l’originalité de ce robot, suppose Sofiane Boucenna, enseignant-chercheur de l’UCP. Il existe des robots capables de proposer une visite guidée dans les musées mais Berenson ne joue pas ce rôle. Il navigue comme un visiteur et réagit aux œuvres en fonction de ses interactions avec les autres visiteurs ».

Développé en 2011 par l’ingénieur en robotique Philippe Gaussier et l’anthropologue Denis Vidal, le robot est aujourd’hui capable de juger s’il aime une œuvre ou non. Pour arriver à ce résultat, les deux chercheurs se sont appuyés sur le travail de tout une équipe comprenant notamment le doctorant Ali Karaouzene qui soutient une thèse sur le robot Berenson le 28 février.
Ce projet a également bénéficié de la bonne étoile du Labex Patrima qui lui a ouvert les portes du musée du quai Branly depuis le départ. Berenson s’est longuement promené dans les allées du musée parisien pour aller à la rencontre des œuvres et des visiteurs, se nourrissant au passage de leurs appréciations.

« Si nous sourions au robot tout en présentant un tableau ou une sculpture, il va apprendre à l’associer à une valeur positive. A l’inverse, si nous faisons la moue, le robot va plutôt éviter l’œuvre », explique Philippe Gaussier.

En imitant son environnement, le robot se forge des préférences esthétiques.

 

Un apprentissage par le "goût des autres"

À travers Berenson, les chercheurs tentent de percer la complexité des modes d’apprentissage de l’esthétique. Ils sont partis du principe que « la référenciation sociale et les émotions sont au cœur du développement de l’enfant ».

Ces travaux passionnants montrent que « la robotique peut fournir des propositions aux sciences cognitives, précise Sofiane Boucenna spécialiste de la robotique développementale. Pour le moment, nous n’avons pas encore partagé nos premières conclusions avec des psychologues ».
Les chercheurs du laboratoire ETIS préfèrent terminer de « dépouiller » les résultats de la dernière expérience de terrain et enrichir les performances du robot.

« Nous souhaitons améliorer la capacité d’attention de Berenson, le robot devrait retourner au musée du quai Branly en juillet prochain et être capable, cette fois-ci, de regarder le visiteur et l’œuvre conjointement ».

Petit à petit, le robot réussit à recréer le processus d’apprentissage des êtres humains en se dotant de neurones artificiels. Berenson, dont le nom est emprunté à un célèbre critique d’art américain, n’égalera certainement pas la finesse des commentaires de ce dernier mais il déconstruit déjà le mécanisme qui engendrent nos préférences esthétiques !

 

Illustration : © P. Raimbault / CACP

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