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Catalogne : autonomie ou indépendance ?

26.10.2017

Depuis le référendum d’auto-détermination de la Catalogne du 1er octobre dernier, l’Espagne s’enfonce dans la plus grave crise politique que le pays ait connue depuis la chute du régime franquiste. Carles Puigdemont, le Président de la Généralité de Catalogne, a déclaré l’indépendance, mardi 10 octobre. Il l’a suspendue immédiatement après dans l’objectif de favoriser le dialogue avec le gouvernement central de Mariano Rajoy. Où le mouvement indépendantiste catalan prend-il ses racines ? Pourquoi un tel référendum aujourd’hui ? La réponse avec Cyril Trépier, chargé de cours à l’UCP.

Comment l’idée de l’indépendance de la Catalogne s’est-elle imposée au cours des dernières années pour aboutir à la tenue du référendum du 1er octobre ?

La manifestation pour la fête nationale catalane du 11 septembre 2012 constitue un événement majeur pour comprendre la crise actuelle. Artur Mas, alors président de la Généralité, a considéré cette manifestation comme un plébiscite. C’est à ce moment-là que l’indépendance est devenue un objectif officiel des indépendantistes au pouvoir. Sous l’impulsion du pouvoir politique, l’idée d’indépendance a pénétré toutes les sphères sociales, dont l’éducation. Ainsi, dans les manuels d’histoire, la représentation d’une Espagne comme une puissance ayant toujours opprimé la Catalogne était déjà présente mais elle est encore plus martelée depuis plusieurs années. Depuis 2012, chaque fête nationale catalane du 11 septembre est utilisée pour rappeler au monde cette aspiration à l’indépendance. Dès le lendemain du 11 septembre 2012,les autorités catalanes nationalistes ont construit un discours, repris par de nombreuses associations, présentant l’indépendance comme un événement proche et inéluctable. C’est ce discours qui a favorisé l’impatience vis-à-vis de l’indépendance.

Le référendum d’auto-détermination était-il un référendum populaire ?  

Les mouvements indépendantistes se sont largement appuyés sur des associations, à l’instar de l’Assemblée Nationale Catalane, association qui organise les manifestations du 11 septembre. La présidente de cette association est aujourd’hui présidente du Parlement catalan, elle n’avait jamais été élue avant. L’importance du tissu associatif permet de faire passer le mouvement indépendantiste pour un mouvement citoyen et d’en cacher les ressorts politiques. Or, le mouvement indépendantiste est très divers et avant tout politique.

Une série de votes associatifs avaient été organisés de 2009 à 2011 sur l’indépendance, avec le slogan « Votez oui ou votez non mais votez ». Au contraire, voter, aujourd’hui, c’est voter « oui ». L’objectif du référendum du 1er octobre 2017 n’était pas d’organiser une consultation mais d’acter une indépendance déjà décidée.

Comment le nationalisme catalan s’est-il construit ?

Le nationalisme catalan est né à la fin du XIXème siècle, de façon concomitante à la perte des dernières colonies (Cuba, Philippines), avec l’idée que l’Espagne protège mal les intérêts économiques de la Catalogne. Il faut également mettre ce mouvement en lien avec la Renaixença, la redécouverte de la culture catalane, qui avait commencé quelques années auparavant. Le nationalisme catalan s’est également renforcé en réaction aux dictatures de Primo de Rivera (1923-1930) puis de Franco (1939-1977). Ainsi, sous le régime franquiste, l’aspiration à retrouver l’autonomie et la démocratie mais aussi d’adhérer à l’Union européenne étaient indissociables, notamment pour le Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC, communiste). Lors de la transition démocratique, les indépendantistes sont toutefois restés très minoritaires.

L’idée d’indépendance aurait-elle alors connu une renaissance fulgurante depuis 2012 ?

Non, pas du tout : depuis la transition, l’indépendantisme était minoritaire mais présent aussi bien à droite qu’à gauche. L’idée s’est développée avec la chute de l’Union soviétique et la création de nouveaux états en Europe qui ont montré que la carte n’était pas figée. D’un point de vue électoral, les mouvements indépendantistes ont également bénéficié de l’effondrement des grands partis, notamment le parti communiste et le parti socialiste. De même, la réforme du statut de l’autonomie (2003-2006) a engendré une grande polémique en Espagne car la Catalogne était définie comme une nation dans ce texte de loi. A la suite d’un recours du Parti Populaire (droite), le Tribunal constitutionnel espagnol a déclaré l’inconstitutionnalité de nombreux articles en 2010. Dès le lendemain, une grande manifestation avait lieu en Catalogne pour revendiquer le droit à décider. Enfin, la crise économique qui a durement touché l’Espagne a constitué un accélérateur : les arguments économiques pour un état catalan, peu audibles en période de croissance économique, ont été adaptés avec succès à la crise. Ils ont servi à affirmer qu’une indépendance épargnerait aux Catalans les mesures d’austérité très dures prises en Espagne.

 

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