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Agora Doc

Création d’un laboratoire junior

18.09.2020

Le laboratoire Agora est un centre de recherche réputé en lettres, sciences humaines et sociales qui réunit 74 enseignants-chercheurs et 80 doctorants. En janvier 2020, le laboratoire junior Agora Doc a été créé.
Marie Marchand, Raphaël Orange-Leroy et Abdelouafi El Otmani sont les porteurs de ce projet. Entretien croisé avec ces 3 référents à CY Cergy Paris Université.

CY Agora Doc laboratoire junior

CY Cergy Paris Université (CYU) : Quelles sont les spécificités du laboratoire junior Agora Doc ? Pourriez-vous nous en expliquer le concept ?

Les référents Agora Doc
: Agora Doc est une structure créée en janvier 2020 pour faciliter les échanges entre doctorantes et doctorants.

Les élus d’Agora Doc sont aujourd’hui au nombre de trois. Nous avons souhaité une organisation qui s’appuie sur plusieurs personnes afin d’éviter un système hiérarchique vertical. Cette organisation permet une fluidité dans les actions menées et permet d’adopter différents regards sur une situation puisque nous sommes issus de trois disciplines différentes. Nous avons su faire de nos difficultés, une chance, et sommes pleinement intégrés au conseil du laboratoire par nos élus qui font le lien avec Agora Doc. Notre objectif est de mobiliser un maximum de doctorantes et doctorants afin qu’une dynamique globale s’instaure et que notre réseau de doctorantes et doctorants puisse rayonner dans le milieu de la recherche.

Le projet de laboratoire junior a d’abord été proposé par la direction d’Agora puis les doctorantes et doctorants se sont collectivement saisis de cette initiative. Le laboratoire comprend 122 doctorantes et doctorants qui viennent du monde entier, avec des profils divers et variés. Ils sont sous contrats doctoraux, enseignants, contractuels ou bien vacataires. Agora Doc crée un espace de vie commun pour des doctorantes et doctorants aux sujets très différents. En nous réunissant avec des événements qui nous sont spécifiques, nous dépassons les différences entre nos domaines académiques et mettons nos recherches en commun. Ces interactions sont très enrichissantes car elles nous permettent de prendre du recul sur nos propres travaux. Cela devrait, à terme, créer une véritable synergie tant au niveau scientifique qu’au niveau humain, ce qui est particulièrement important dans les sciences humaines et sociales, où recherche est trop souvent synonyme de solitude. Au-delà de l’aspect scientifique, nous concevons Agora Doc comme un lieu d’échanges sur nos difficultés, et de partage de nos compétences, par exemple dans l’utilisation de certains logiciels ou de certaines méthodologies utiles dans tout travail de thèse.

Le lancement des premières activités a été perturbé par la crise sanitaire mais nous nous sommes vite rattrapés en organisant un webinaire hebdomadaire qui a démarré en avril et s’est terminé fin juin. Pendant les derniers mois, une dizaine de doctorantes et doctorants sont intervenus en trouvant des thèmes communs. Cela a d’abord permis à beaucoup de nos membres de se rencontrer à distance, ce qui a eu l’effet de rompre à la fois avec la distanciation sociale que la crise nous imposait et avec l’isolement que nous pouvions souvent ressentir en sciences humaines et sociales.

Grâce à ces webinaires, les doctorantes et doctorants se sont rendus compte qu’ils avaient des intérêts proches et que l’on assistait à des débats de plus en plus enthousiastes et engagés. Le choix des sujets des webinaires se fait grâce à des propositions communes ou individuelles. L’idée est que chacun soit moteur et proactif s’il le souhaite. Ces prises de contact permettent d’espérer une collaboration plus étroite entre les membres d’Agora Doc et posent les bases de nos futurs événements. Si les conditions sanitaires le permettent, nous prévoyons d’organiser en octobre notre première journée d’études doctorales autour du thème "Culture(s) des échanges".

CYU : Quelles sont les recherches menées au laboratoire Agora sur la crise de Covid-19 ?

Les référents Agora Doc : Certains collègues s'organisent pour travailler sur cette problématique : quand des littéraires vont travailler sur les journaux de confinement, d’autres, notamment des anthropologues, vont travailler sur les conséquences de la crise sur nos sociétés.
Il s'agit encore de réponses à appels à projets mais les idées sont déjà présentes, comme le témoignent d’ailleurs les interventions de certains chercheurs d’Agora sur les problématiques qui se posent de façon récurrente en temps de crise.

CYU : Entre lettres, sciences humaines et sociales, que pourraient nous apporter les résultats de ces recherches ?

Les référents Agora Doc : Cette crise vient bouleverser nos façons de vivre, de comprendre le lien social, le rapport à soi, au temps et à l'espace et il est important que les chercheurs d'un laboratoire comme le nôtre se saisissent de ces changements pour étudier, comparer, remettre en contexte le confinement et ce qui va en découler. Certains chercheurs, en revanche, ne vont pas étudier ce qui relève de l'actualité immédiate, le laboratoire regroupant des historiens, des littéraires, des linguistes, des historiens des idées, des sociologues, des géopoliticiens, des civilisationnistes et maintenant des anthropologues.

CYU : Est-ce que de précédentes études dans ces domaines, servent aujourd'hui à mieux appréhender la situation actuelle ?

Les référents Agora Doc : Les épidémies et les crises économiques ont déjà fait l’objet de nombreuses études, issues de tous les champs des sciences humaines et sociales, que la crise actuelle n’a pas manqué de mettre en valeur.

Le démographe Jean-Paul Sardon a ainsi fait un retour sur les épidémies récentes qui permet de dégager les spécificités de la pandémie actuelle. Parmi celles-ci, on peut noter la résolution de la plupart des pays du monde à lutter contre ce virus, ainsi que l’importance de la collaboration internationale.

Du côté des sciences historiques, plusieurs événements du siècle passé ont été récemment remis en lumière. La grippe espagnole, plus meurtrière que la "grande guerre" qui lui est contemporaine, mène ainsi à relativiser la crise sanitaire que nous vivons : la Covid-19 ne survient pas à un moment de vulnérabilité tel que celui provoqué en 1918 par les restrictions alimentaires. De plus, les informations dont disposent états et populations sont relativement accessibles, du fait notamment de la mobilisation de la communauté scientifique.

Du côté économique en revanche, la comparaison historique est plus inquiétante. Alors que l’on assiste à une récession plus forte que la crise de 1929, certaines analyses récentes montrent qu’il ne s’agit pas de stimuler l’activité économique, comme cela avait pu être fait en 2008, mais d’assurer sa survie, et ce pendant une durée encore indéterminée. Cela annonce une croissance énorme de l’endettement public. Ici encore, la comparaison avec la Première Guerre mondiale est pertinente. L’historienne Laure Quennouëlle-Corre a ainsi retracé les différentes étapes que les finances publiques avaient traversées ainsi que les innovations budgétaires qui en avait résultées. C’est une dynamique similaire que nous voyons apparaître actuellement au niveau européen autour des débats sur un endettement commun pour répondre aux crises sanitaire et économique.

Au niveau littéraire enfin, William Marx montre que les épidémies marquent l’imaginaire depuis l’Iliade. Il classe ainsi les textes sur le sujet selon quatre ordres : documentaire, sémiologique, eschatologique et moral. La récurrence de ces thèmes permet de remettre en perspective sur les différentes interprétations données à la Covid-19.

CYU : Auriez-vous un message ou des informations à ajouter ?

Les référents Agora Doc : Ci-dessous une liste des thématiques abordées en webinaires :

La communication politique en temps de crise

Enjeux et limites de la mondialisation

Les dérives du politique : démocratie et libertés

Modeler la société : les régimes dictatoriaux à l’œuvre

Méthodologie de la thèse

Masculinités et État : une introduction aux études de genre

Coopération internationale : l'exemple des relations entre la Banque Mondiale et la CEDEAO

Analyse outillée d'un corpus de controverse : le cas Covid-19


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