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Un pied à Cergy, un autre au Louvre

10.01.2019

Quatre doctorants de l’UCP mènent actuellement leur thèse dans le prestigieux Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF). Marion, Maxime, Gianluca et Lucile mettent leurs compétences en chimie et en physique au service des chefs d’œuvre que nous pouvons admirer au Louvre et dans les autres musées nationaux.

Les 4 doctorants au pied du Louvre

Leurs bureaux se trouvent dans une aile du musée du Louvre. Le centre de recherche qui les accueille jouit d’une réputation mondiale, les scientifiques et les restaurateurs du C2RMF ont effet pour objet d’étude des œuvres immenses, signées par les plus grands artistes de l’histoire de l’art. Marion Alter, Maxime Lopez, Lucile Brunel-Duverger et Gianluca Gariani réalisent chacun une thèse, qui a la particularité d’être labellisée par la Fondation des sciences du patrimoine (LabEX PATRIMA). A ce titre, les quatre doctorants font partie de l’UCP et sont accompagnés par des directeurs de thèse qui enseignent à Cergy-Pontoise.

Marion Alter, chimiste, étudie le vert de cuivre

Marion dans son laboratoireDiplômée d’une école supérieure de chimie à Strasbourg, Marion avait très envie de travailler dans le domaine du patrimoine. En se rapprochant du C2RMF, un des centres de référence en Europe, elle a réussi à décrocher un sujet de thèse en octobre 2015. Son doctorat porte sur l’altération d’un pigment synthétique de peinture utilisé entre le 15ème et le 17ème siècle. Ce pigment à base de cuivre est vert, mais il brunit en vieillissant. Des peintres comme De Vinci ou Raphaël l’ont utilisé sur leur toile. « J’étudie le mécanisme chimique à l’origine du brunissement. Pour cela, j’ai accès à des prélèvements d’échantillon récupérés lors des restaurations des tableaux ». Le but ultime est de trouver des solutions pour mieux restaurer les peintures, pour retrouver le vert d’un arbre devenu marron, peint par exemple par Léonard De Vinci dans le tableau « La Vierge à l’enfant avec sainte Anne » exposé au Louvre. La directrice de thèse de Marion est Nadège Lubin-Germain du laboratoire LCB (laboratoire de chimie biologique). « En tant que professeure de l’UCP et spécialiste de la chimie organique, elle apporte un regard extérieur qui s’avère complémentaire de l’approche de mon deuxième directeur de thèse qui appartient au C2RMF ». Marion Alter, 27 ans, a donné des cours de TD aux étudiants de première année sur le site de Saint Martin. Actuellement, elle se concentre sur la rédaction de la thèse, qu’elle devrait soutenir en janvier 2019.

Maxime Lopez, physicien, « rêve » de nettoyer des chefs d’œuvre avec un laser

Maxime dans son laboratoire

Maxime Lopez est physicien de formation. Après des études à Marseille, il a atterri au C2RMF pour développer une technique de nettoyage par procédé laser. Il arrive en effet que les restaurateurs ne parviennent pas à enlever le vernis ou les retouches faites par un autre peintre avec des solvants ou un scalpel. Maxime envisage donc la solution du laser. Notre étudiant de 28 ans parle très bien de son travail, d’ailleurs il a été finaliste du concours Ma thèse en 180 secondes l’an dernier. Ses recherches suscitent quelques réticences des restaurateurs qui craignent que le laser endommage les œuvres. « Pour le moment, nous cherchons à élaborer l’instrument à base de laser capable d’enlever de la matière sans altérer les œuvres. Nous n’avons pas encore testé nos procédés sur des chefs d’œuvres » C’est Nicolas Wilkie-Chancellier du laboratoire SATIE (systèmes et applications des technologies de l’information et de l’énergie) qui dirige cette thèse. « A mes yeux, ce spécialiste des ondes acoustiques, qui enseigne à l’UCP, est un garant scientifique. C’est lui qui relit et m’aide à structurer la rédaction de la thèse ». Maxime Lopez espère soutenir en septembre 2019.

Gianluca Gariani s’intéresse aux bas-reliefs de la Renaissance

Cet italien de 29 ans rassemble ses connaissances en chimie et en physique pour analyser les matériaux des bas-reliefs produits au 15ème siècle. Les historiens de l’art savent que les maîtres, à l’instar de Donatello, utilisaient des matières nobles comme le marbre pour sculpter, tandis que les sculpteurs de leur atelier effectuaient des reproductions des œuvres avec du plâtre ou du stuc. Pour remonter à l’origine des matières premières, Gianluca utilise des techniques d’analyse d’éléments en traces et il s’est déjà rendu en Toscane dans des carrières de gypse afin de comparer les matériaux des bas reliefs et la pierre que l’on pouvait trouver en Italie au 15ème siècle. « Mes recherches scientifiques consistent à trouver des critères d’attribution ou d’authentification des œuvres produites par les ateliers de ces grand maitres et de vérifier qu’elles ne sont pas des copies tardives ». Car les bas reliefs du 15ème sont revenus à la mode au 19ème siècle et beaucoup ont été reproduites à cette époque ». Gianluca Gariani travaille avec le soutien de son directeur de thèse de l’UCP, Fabrice Goubard du laboratoire LPPI (laboratoire de physiochimie des polymères et des interfaces). Il prévoit de terminer la rédaction de la thèse d’ici la fin de l’année et de passer la soutenance en janvier.

Lucile Brunel-Duverger, chimiste, se passionne pour les cercueils égyptiens

Lucile, passionnée d’égyptologie depuis sa plus tendre enfance, travaille sur les cercueils égyptiens des collections du musée du Louvre. A travers son doctorat de chimie, la jeune fille de 28 ans tente de tente de mettre en évidence des protocoles de mise en couleur de cette production particulière dans le but d’identifier des ateliers de fabrication. Pour cela, elle essaye de décrypter la nature et les origines des pigments utilisés par les Egyptiens, ainsi que les phénomènes chimiques allant de leur fabrication à leur altération. [l1] « Je mène mes recherches sur des cercueils thébains dits à fond jaune datés de la XXIe dynastie (-1000 ans avant JC), avoir accès à ses trésors est un privilège immense ». Accompagnée par Nancy Linder, enseignante-chercheuse de l’UCP au laboratoire LCB (laboratoire de chimie biologique), Lucile s’est fait remarquer ces derniers mois en remportant deux prix internationaux, un premier lors d’un colloque européen puis un second au cours d’un conférence aux Etats-Unis. Le mercredi 28 novembre, Lucile fera une présentation « grand public » de ses travaux à l’occasion de la deuxième édition des journées de la recherche du musée du Louvre.

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