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Donald Trump, 45e président des États-Unis

08.11.2016

Julien Zarifian est maître de conférences en Civilisation américaine à l’UFR langues et études internationales et chercheur au laboratoire AGORA. Il revient sur l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Donald Trump vient d’être élu président des États-Unis, quelles sont vos réactions à chaud ?

Plusieurs heures après que les résultats sont tombés, c’est encore la surprise et la stupéfaction qui dominent. Personne ou presque n’avait prédit la victoire de Donald Trump, et donc la défaite d’Hillary Clinton. Jusqu’à il y a quelques heures, les sondages donnaient la candidate démocrate vainqueur et tous les indicateurs semblaient au vert pour elle. Donc ma première réaction à la victoire de Trump a été un grand étonnement et la stupeur demeure.

Cette victoire si peu attendue du candidat républicain m’a aussi de suite interpellé sur la manière dont nous (chercheurs, journalistes, analystes) utilisons et interprétons les sondages, et sur comment ils façonnent notre analyse d’une campagne et d’une élection.  

Enfin, cette élection nous rappelle aussi que la démocratie peut réserver des surprises et peut amener au pouvoir des gens peu qualifiés et/ou radicaux simplement parce qu’ils se présentent comme « anti-système »…

Qu’est-ce que cette élection nous révèle sur la société américaine ?

Cette élection met avant tout en exergue ce rejet du système d’une partie importante de la population et son « ras-le-bol » caractérisé, ras-le-bol dont on n’a pas su ou pas voulu voir l’ampleur. Les hommes blancs de la « Rust Belt » (ces États industriels ou anciennement industriels du nord du pays) en constituent un groupe emblématique, mais Trump a aussi su rassembler des électeurs exaspérés racistes et populistes, sans doute un certain nombre d’électeurs exaspérés et anti-système de gauche et d’extrême gauche également, et des indécis.

L’élection de Trump est aussi symptomatique d’une Amérique divisée et en mal d’identité car face à ce groupe hétéroclite que constituent ces électeurs de Trump, on a les électeurs de Clinton qui constituent sans doute également un groupe divers et hétéroclite, mais qui va, surtout, peut-être s’avérer être plus nombreux que celui qui a élu Trump.

Que voulez-vous dire par là ?

Je veux dire que le mode de scrutin des élections présidentielles américaine, le suffrage universel indirect, et ses spécificités, vont une nouvelle fois peut-être permettre l’élection d’un président qui aura obtenu moins de voix que son adversaire. En effet, les électeurs américains ont élu hier leur président en votant, dans leurs États respectifs, pour des grands électeurs qui soutiennent officiellement un des deux candidats. Ce sont ces grands électeurs qui éliront formellement le candidat républicain Donald Trump, dans quelques semaines. Et si ce dernier est parvenu à atteindre, à la surprise générale, la barre fatidique des 270 grands électeurs nécessaires pour être élu président, nous n’assistons pas pour autant à un « raz-de-marée Trump » car Hillary Clinton va peut-être – et même sans doute, même si, à l’heure où nous écrivons, les bulletins ne sont pas encore tous dépouillés – remporter le vote dit « populaire ». Elle pourra donc se prévaloir, comme Al Gore face à George W. Bush en 2008, d’avoir été soutenue dans les urnes par une majorité (certes relative) d’Américains. Même si cela ne change pas le résultat, cela interroge à nouveau sur la démocratie américaine, et ce qui s’avère donc être une quasi égalité entre les candidats*, souligne encore plus la ligne de fracture qui existe entre eux.

* à l’heure où nous écrivons, les médias américains indiquent que 59 405 663 électeurs ont voté pour Hillary Clinton (soient 47.7% des votants), contre 59 218 283 pour Donald Trump (soient 47.5% des électeurs), le reste des voix étant remportées par des candidats des tiers partis, comme Jill Stein du parti écologiste ou Gary Johnson du parti libertarien.

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