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La finance est-elle « genrée » ?

01.06.2017

Annie Bellier, maître de conférences au laboratoire Thema, étudie l’impact du genre dans le milieu de l’investissement financier et de l’entrepreneuriat. Elle dévoile ici les résultats de travaux de recherche prochainement publiés.

Vous avez mené une étude sur les stéréotypes de genre dans le domaine de l’investissement dans les start-up. Comment avez-vous travaillé ?

Avec mon collègue Karim Idi Cheffou de EDC Paris Business school, nous avons suivi pendant quatre ans un groupe de personnes qui investissent leur propre argent dans des jeunes entreprises et qui les conseillent. On les nomme les « business angels », ils rencontrent régulièrement des porteurs de start-up qui tentent de les convaincre d’investir au capital de leur entreprise. Le groupe parisien que nous avons observé comprenait seulement 8% de femmes. Et parmi la centaine de porteurs de projet qui ont présenté leur initiative, 8% était des femmes ! L’originalité de notre étude tient à l’analyse de ce face-à-face entre investisseuses et entrepreneuses.

 
Annie Bellier

Est-ce que l’idée reçue selon laquelle les femmes seraient plus averses au risque que les hommes se vérifie ?

Nous montrons d’abord que les femmes « business angels » évaluent plus sévèrement que leurs homologues masculins et qu’elles accordent plus de poids au projet (horse) qu’aux caractéristiques du porteur de projet (jockey). Aussi, elles mettent davantage de temps à se décider à investir. Mais une fois que leur décision est prise, elles investissent un montant de 29% supérieur à celui des hommes. Dire que les femmes sont plus averses au risque est donc faux. Nous observons également que les femmes investissent davantage dans des projets présentés par des équipes féminines. Ce point s’explique, non par une sorte de solidarité féminine, mais plutôt parce que les femmes ont une meilleure connaissance des secteurs d’activités choisis par les entrepreneuses (service à la personne, petite enfance, mode…).

 

Certains stéréotypes sont donc activés ?

Effectivement, les femmes n’investissent pratiquement jamais dans l’industrie ou l’électronique. Des domaines très masculins. Notre étude confirme ce qu’ont montré des chercheurs en psychologie avant nous. À savoir, les femmes sont plus soumises à la pression des stéréotypes quand elles sont minoritaires dans un groupe. Pour lutter contre les stéréotypes, il serait judicieux d’encourager les femmes à devenir « business angels » ou entrepreneuses. Plus elles seront nombreuses, moins les stéréotypes pèseront.

 

Dans les formations en finance proposées à l’UCP, les stéréotypes de genre ont-ils aussi  la peau dure ?

Dans le master de finance que je dirige, la parité filles/garçons est presque respectée. Toutefois, les filles se tournent plus vers le contrôle ou l’audit plutôt que la finance des marchés. L’idée qu’un trader est un homme est solidement ancrée dans les têtes. Les stéréotypes sont encore plus marqués dans le CMI (cursus master ingénierie) Ingénierie financière. Nous accueillons une grande majorité de garçons dans cette filière post-bac, à croire que les lycéennes ont intégré l’idée que la finance est réservée aux hommes.

Retrouvez l'article d'Annue Bellier, Investissements et projets entrepreneuriaux face aux stéréotypes de genre, dans le magazine des professions financières et de l'économie.

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