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Les linguistes parlent aux gendarmes

12.06.2018

Pour la première fois, les gendarmes font appel à des linguistes du laboratoire AGORA pour les aider à traiter des dossiers criminels volumineux.

Au Pôle judiciaire de la Gendarmerie nationale (PJGN), le département Science de l’analyse criminelle est chargé de produire des synthèses des informations contenues dans les dossiers d’instruction. Sous la direction du capitaine Léa Jandot, une dizaine de gendarmes épluchent des auditions de témoins, des rapports d’expertise, des procès-verbaux d’investigation dans le but d’aider les enquêteurs sur des affaires complexes. Ce travail de fourmis permet d’effectuer des recoupements et d’établir les ramifications des réseaux criminels. En 2016, l’équipe d’analystes criminels a rencontré Julien Longhi, professeur en sciences du langage, chercheur et directeur adjoint au laboratoire AGORA de l’UCP, qui a proposé de leur mettre à disposition des outils utilisés en linguistique de corpus et en traitement automatique des langues. « Les gendarmes utilisent des techniques manuelles, avec des codes couleurs pour mettre en exergue les informations. Ils sont intéressés par nos outils automatiques ».

Une thèse sur des « cold case »

Julien Longhi travaille aujourd’hui en tandem avec Lucie Gianola, doctorante. « Ma thèse, qui a démarré en décembre 2016, consiste à concevoir des solutions de facilitation d’accès à l’information, nous dit Lucie Gianola. Je cherche donc à mettre en place des outils capables de passer en revue des données textuelles pour en extraire automatiquement des entités : lieu, heure, personne, véhicule… ».  La doctorante a dû ajuster les outils à la « langue judiciaire ». « Les gendarmes ont une manière spécifique de rédiger, ils écrivent par exemple les années en toutes lettres ». Pour maîtriser ces contraintes, la chercheuse est partie d’un cas réel d’homicide, déjà jugé. Secret d’instruction oblige. Lucie Gianola partage son temps entre AGORA et le PJGN, pour tester ses approches. « Nos solutions permettent de structurer les informations, mais ensuite c’est à l’humain, au gendarme, que revient la réflexion et la décision finale. Les enquêteurs et les analystes détiennent une expérience du métier irremplaçable ».

Son directeur de thèse, Julien Longhi, est ravi de bâtir un pont entre le monde des linguistes et celui des gendarmes. « C’est une belle opportunité d’avoir accès aux documents des procédures judiciaires, Lucie Gianola effectue un beau travail « d’acculturation » qui permettra d’ajuster les outils des linguistes aux spécificités de la langue des gendarmes ». Ces nouveaux travaux de recherche ouvrent le spectre des linguistes qui n’étudient plus seulement la « prose » politique, médiatique ou littéraire.

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