Recherche

Lutte contre le fléau des plaies chroniques : quand recherches académique et clinique s’associent

Collaboration entre le laboratoire de biologie ERRMECe de l’UCP et l’Institut Curie

07.09.2017

L’UCP et l’Institut Curie collaborent depuis une dizaine d’année sur la question des plaies par l’intermédiaire d’une de nos chercheuses en biologie et d’une de leurs infirmières, docteur en biologie. L’association de leurs compétences permet d’apporter à la société des solutions applicables et pertinentes.

Soin d'une main avec plaie

Véronique Larreta-Garde, enseignante-chercheuse au sein du laboratoire ERRMECe (Équipe de recherche sur les relations matrice extracellulaire-cellules), spécialisée dans les relations entre les cellules et leur environnement direct, avait formé un docteur en biologie, Sébastien Giraudier. Au sortir de sa thèse, ils ont fondé ensemble une start-up centrée sur le développement de pansements innovants.

Dans le cadre du développement de l’entreprise, ce docteur-entrepreneur a mis en relation Isabelle Fromantin, infirmière de l’institut Curie spécialiste des plaies et Véronique. La collaboration a alors débuté par l’intermédiaire de ces deux femmes. Une collaboration qui dure depuis 10 ans maintenant. Au-delà de la complémentarité de leurs compétences, la longévité et la réussite de cette collaboration est avant tout une affaire de relation humaine. En effet, comme nous l’a confié Véronique : « Faire de la recherche transdisciplinaire, même si cela a de plus en plus cours aujourd’hui, c’est avant tout des personnes qui ont envie et apprécient de travailler ensemble pour innover ».

Depuis le début de leur association, elles s’intéressent ensemble aux problématiques liées aux plaies. L’une apporte son expérience de terrain. L’autre apporte son esprit créatif de chercheuse, sa connaissance pointue des dernières découvertes en biologie et un laboratoire spécialiste des questions d’interactions des cellules vivantes avec ce qui les entoure. Au fil du temps, Véronique a aussi entraîné Isabelle vers l’aventure de la recherche, elle est aujourd’hui infirmière et docteur en biologie (lire article ci-contre). Réciproquement, Isabelle a permis à Véronique de comprendre au plus près les problématiques de terrain et de se concentrer sur leur résolution.

Le dernier projet de recherche qu’elles viennent de terminer a été financé par l’Agence Nationale pour la Recherche, le pôle de compétitivité Medicen Paris Region et l’UCP à hauteur d’1,3 millions d’€ au total. Ce projet c’est « PANSaBIO ». Il avait pour but d’étudier 7 types de plaies sur 120 personnes.

Pourquoi étudier ces plaies ?

Lorsque nous nous blessons, une plaie apparaît et le phénomène naturel de cicatrisation intervient dans des délais courts. Dans la majorité des cas, une plaie accidentelle est facile à préserver des infections ou à les soigner (attaques de micro-organismes, en particulier de bactéries). Lorsque des bactéries, présentes dans l’air ou sur notre peau, atteignent la plaie, nous pouvons facilement lutter contre elles grâce à des désinfectants ou, si elles résistent un peu, par des antibiotiques. Nous avons tous appris à désinfecter une blessure pour éviter les complications. Notre blessure guérit.

Dans d’autres cas, la cicatrisation n’intervient pas dans les 6 semaines, on parle alors de plaies chroniques. Elles touchent près d’un million de personnes en France. Elles sont souvent liées à l’âge ou à certaines maladies (cancer, diabète…). Cette catégorie de plaies regroupe par exemple, les escarres, les ulcères ou encore des plaies tumorales. Les soins nécessaires pour enrayer ou stabiliser ces plaies qui ne cicatrisent pas occupent 40% du temps de travail des infirmières libérales. Les patients touchés souffrent énormément de ces affections et sont souvent isolés, voire rejetés socialement. Le soin des plaies chroniques est une véritable problématique de santé publique.

L’infection des plaies chroniques, un phénomène aggravant

Les plaies chroniques restent ouvertes longtemps, ce qui les rend propices aux infections. Les chercheurs ont pu observer une organisation différente des bactéries qui colonisent ce type de plaies. Souvent, il y a plusieurs types de bactéries présentes et, ensemble, elles s’organisent pour produire une sorte de gel (matrice composée par des polymères). Les bactéries restent à l’intérieur de ce gel et celui-ci rend les antiseptiques et les antibiotiques inefficaces puisqu’ils ne peuvent plus atteindre leurs cibles. Bien protégées, elles profitent de la plaie ouverte pour prospérer en toute tranquillité et au détriment du blessé. Les choses ne font qu’empirer. Ce complexe gel/bactéries est appelé « biofilm ». Actuellement, les soins prodigués contre ce phénomène sont très douloureux et peu efficaces.

Un rêve qui peut se réaliser

L’intention de nos chercheuses est à la fois d’apporter un traitement efficace contre ces bactéries protégées par leur biofilm mais également de faire en sorte que cela soit indolore ou le moins douloureux possible. Depuis plusieurs années, Véronique développe des pansements très innovants à base de gels. Ces gels permettent, d’une part de garder les plaies dans un milieu humide et imperméable aux infections, nécessaire à une bonne cicatrisation et, d’autre part d’y inclure des produits soignants variés. Une des premières applications de ces pansements est le soin des brûlures qui ont besoin d’un milieu humide et protégé des infections pour être soignées. Le projet PANSaBIO avait pour objectif de mieux connaître la formation des biofilms bactériens sur les plaies chroniques, de développer des pansements adaptés à les combattre et de produire des prototypes industrialisables.

Résultats

L’étude clinique des plaies chroniques a révélé une nette aggravation des plaies contaminées par un biofilm. Et même si lors de l’étude de l’ensemble des plaies préalablement nettoyées, seules 28% comportaient des biofilms, une étude américaine en relève 60% sur leurs échantillons.  Cette forte présence de biofilm sur les plaies chroniques amplifie d’autant plus le besoin de traitements adaptés à ce problème.

Tout au long de PANSaBIO, des prélèvements de biofilms et leur étude en laboratoire ont permis de développer une méthode d’analyse simple et efficace, de mieux les connaître et de comprendre leur formation dans différents types de plaies. L’équipe de chercheurs a ainsi pu déterminer quelles sont les bactéries responsables les plus fréquentes dans ces biofilms. Ils se sont alors concentrés sur deux d’entre elles : Staphylococcus et Pseudomonas. Ils ont pu déterminer quelle combinaison de produits actifs permet de lutter contre ces bactéries et les biofilms qu’elles produisent.

L’étape suivante a été de constituer les fameux pansements en gel contenant les agents de lutte antibiofilm et antibactériens. Ceux-ci ont montré une grande efficacité. Jusqu’à 99,999% des bactéries dans les biofilms sont éradiquées en 24 heures et la destruction des biofilms intervient dans les 48 heures après le début du traitement. L’industriel impliqué dans le projet a réussi à créer un pansement qui répond aux normes en vigueur des dispositifs médicaux et a proposé un cahier des charges de production. Tout est prêt pour un transfert vers l’industrie.

Si des industriels souhaitent mettre en production à grande échelle ce nouveau pansement, il peuvent prendre contact avec le laboratoire ERRMECe ou la cellule de valorisation de l’UCP. Le déploiement de ce dispositif innovant permettra de lutter efficacement sur le terrain contre ces plaies chroniques.

Partager :