Recherche

Primée par la Chancellerie des universités

04.12.2018

Marie Kerveillant a reçu le prestigieux prix de la Chancellerie des universités pour sa thèse en sciences économiques. La jeune femme a analysé avec brio le rôle de la société civile dans la gouvernance du risque nucléaire.

Marie Kerveillant

Cinquante prix sont décernés chaque année par la Chancellerie des universités de Paris, toutes disciplines confondues. Cette reconnaissance très estimée, Marie Kerveillant vient d’en faire l’expérience. Le mardi 4 décembre, elle a reçu les honneurs de l’institution ainsi qu’un joli chèque de 10 000€. Ce prix récompense la thèse que cette étudiante de l’école doctorale de l’UCP, en partenariat avec le PhD program de l’Essec, a soutenu en 2017 sous la direction de Philippe Lorino, professeur émérite en sciences de gestion. C’est lui qu’il l’avait orientée vers les problématiques du nucléaire. En 2012, alors que Marie Kerveillant cherchait un sujet de doctorat, le professeur de l’ESSEC et spécialiste de la sûreté nucléaire, lui explique que la catastrophe nucléaire de Fukushima pose de nouvelles questions. Notamment celle de l’implication du public dans la gouvernance du risque nucléaire. Marie Kerveillant s’empare aussitôt du sujet.

En France, depuis les années 70, les citoyens potentiellement impactés par des activités nucléaires à haut risque se sont constitués en acteur social qui participe à la gouvernance du risque. A partir des années 80, ces groupes se sont institutionnalisés par le biais des Commissions locales d’information (CIL). Marie Kerveillant interroge dans sa thèse l’impact de ces commissions sur la gouvernance et se demande si les parties prenantes du nucléaire en France souhaitent réellement arriver à une compréhension partagée des situations et des enjeux.

Trois années sur le terrain dans le Cotentin

L’étudiante est allée sur le terrain durant 3 ans, dans le département de la Manche, dans le but de discuter avec des associations anti et pro-nucléaire, des citoyens investis et des élus locaux. « Je suis admirative de cette population qui joue plus ou moins un rôle de vigie. Ils sont indispensables en France. Au Japon, ces groupes de citoyens n’existaient pas ou très peu, la catastrophe de Fukushima aura-t-elle eu lieu si la société civile avait été plus impliquée dans la gouvernance du risque nucléaire. Nous sommes en droit de poser la question ». Marie Kerveillant précise qu’elle n’est pas militante, qu’elle ne l’a jamais été et qu’elle ne l’est pas devenue au fil de son travail de recherche. « C’est vrai que je nourris quelques inquiétudes concernant notamment le stockage des déchets nucléaires et du retraitement. Mais, à ce jour, je ne connais pas d’alternatives capables de remplacer du jour au lendemain le nucléaire ».

La principale originalité de cette thèse réside dans la richesse de la collecte de données, dans un contexte où les informations sont particulièrement difficiles à obtenir. L’auteure montre que les citoyens ont réussi à s’imposer autour de la table, qui n’était pourtant occupée dans un premier temps que par le gouvernement et les grandes entreprises industrielles. Le prix de la Chancellerie des universités récompense ce beau travail accompli par Marie Kerveillant. « Je suis ravie, le prestige du prix donne du poids à mon travail de recherche. C’est indéniablement un plus dans mon CV ».

Agée de 32 ans, Marie Kerveillant est actuellement en post-doc à l’ESCP, l’école supérieure de commerce de Paris.  La jeune maman, qui a réussi à mettre au monde deux enfants au cours de sa thèse, entraperçoit un avenir dans le monde académique, « enfin si on m’y fait une petit place… »

Partager :