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Economie : règles électorales et démocratie

26.04.2018

L’économie ne s’intéresse pas seulement aux marchés. Elle a des applications dans grand nombre de domaines sociétaux. Le champs de l’économie politique en est un. Alors comment les outils d’analyse économique peuvent-ils être mis au service de la démocratie en proposant les règles électorales les plus favorables à l’expression populaire ? Découvrons-le avec les travaux de Mathieu Martin membre du laboratoire Théorie Economique, Modélisation et Applications.

Economie politique : règles électorales et démocratie

Mathieu Martin, chercheur au laboratoire Théorie Economique, Modélisation et Applications (THEMA - UMR CNRS/Université de Cergy-Pontoise), est un économiste d’un genre particulier. Ces travaux ne s’appliquent pas aux marchés mais aux sciences politiques. Son objet de recherche principal est l’étude du lien entre les règles des élections et la mise en œuvre de la représentation démocratique des votants. Il applique des théories du champ de l’économie et ausculte les mécanismes mathématiques des élections. Son outil principal est la théorie du choix social, mais il manie également la théorie des jeux, la théorie de répartition de sièges et les indices de pouvoir. Ces outils complexes s’appuient sur les mathématiques probabilistes. Ils lui servent à tester comment les règles utilisées pour des élections permettent de refléter, ou non, les préférences du peuple qui vote.

La règle du « winner-takes-all » et les élections présidentielles américaines

Mathieu Martin a récemment étudié, avec deux autres collègues, plusieurs élections présidentielles américaines dont celle de Donald Trump. Ils ont passé au crible de leurs modèles mathématiques les quatre élections montrant un “paradoxe électoral”. Celles où le candidat gagnant a été celui ayant recueilli le moins de votes populaires. Ce phénomène s’est produit en 1876 pour l’élection de Rutherford Hayes, en 1888 avec la victoire de Benjamin Harrison, en 2000 lorsque Bush a battu Al Gore et en 2016 avec l’élection de Donald Trump (63 millions d’américains ont voté pour Trump et 66 pour Clinton).

Le mode de scrutin de l’élection du président américain est complexe. Il est indirect et en deux phases. D’abord les électeurs votent pour un candidat dans leur État. Alors la règle du « winner-takes-all » s’applique. Ainsi, le candidat majoritaire dans l’État « gagne » tous les grands électeurs de l’État. Si vous remportez plus de grands électeurs, vous gagnez l’élection. Comme un joueur de tennis peut gagner un match sans gagner tous les jeux.

Les trois chercheurs ont testé certaines variations au sein des règles en vigueur pour cette élection, sans toucher à la règle du « winner-takes-all ». Après de nombreux calculs mathématiques, deux résultats phares ressortent de leurs travaux. Quel que soit le nombre global de grands électeurs et la façon de les désigner et, quelle que soit leur répartition par État : Donald Trump gagne systématiquement l’élection de 2016. Une “non représentativité” de l’expression populaire s’est produite et se reproduira. La règle du « winner-takes-all » joue un rôle important dans certains cas mais n’explique pas tout. Les chercheurs  attribuent ce défaut de démocratie au choix de l'élection indirecte qui induit un biais de représentativité de l’opinion populaire.

Des applications à tout type d’élections

Mathieu Martin travaille sur d’autres problématiques électorales. Son objectif reste toujours de proposer les méthodes de choix collectifs les plus efficaces pour la démocratie. Il s’intéresse à plusieurs dimensions qui entrent en jeux. Les études sur le vote « spatial » permettent de déterminer la stratégie politique qui reflète le mieux les croyances, les opinions, les spécificités des électeurs d’un bassin électoral et d’obtenir le maximum de votes. La notion d’indice de pouvoir de chaque électeur entre également en jeux dans les élections. Le poids de chaque électeur peut varier selon le mode de scrutin choisi ou le découpage de la zone géographique concernée par un vote.

Alors, comment faire pour que tous les européens aient le même pouvoir avec un bulletin de vote ? Quelles règles démocratiques appliquer en Europe si la Turquie, aussi peuplée que l’Allemagne et plus que la France l’intègre ? Comment rendre démocratique un conseil d’administration, un conseil d’agglomération avec une grosse commune et beaucoup de petites ? Tout autant de questions qu’étudient les chercheurs du même domaine que Mathieu Martin.

Pour aller plus loin
- Article vulgarisé en anglais : The size of the House of Representatives, not the American people, can determine the outcome of presidential elections
- Articles scientifiques :
On the uniqueness of the Yolk
Number of seats in the U.S. house of representatives and referendum paradox
- Travaux d’un groupement de chercheurs français sur des modalités de vote innovantes et plus représentatives de l’opinion (vote par approbation, par éliminations successives, par notation des candidats, etc.) : Étude de différentes méthodes d’élection réalisée sur les données des dernières élections présidentielles françaises : des résultats surprenants.

Mathieu Martin

Economiste

Portrait de Mathieu Martin

Thématiques de recherche

Règles électives, démocratie et  méthodes de choix collectifs
Élections et vote spatial
Élections et Indice de pouvoir

Spécialités scientifiques

Micro-économie, théorie du choix social, théorie des jeux, indices de pouvoir, théorie de la répartition de sièges (apportionment)

En savoir plus

Page personnelle
Laboratoire THEMA

Retrouvez sa conférence

"Élections, pièges à cons ? Logique mathématique et démocratie"

Conférence donnée le 8 mars 2018 dans le cadre de l'Université Ouverte de l'université de Cergy-Pontoise

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