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Les marchés financiers doivent-ils être régulés ?

C’est la question à laquelle Ani Guerdjikova va tenter de répondre grâce à sa nomination à l'Institut Universitaire de France (IUF).

27.06.2017

Ani Guerdjikova vient d’être nommée membre junior de l’Institut Universitaire de France. Elle va pouvoir pendant 5 années se consacrer à sa recherche dans les meilleures conditions. Son projet : créer des modèles économiques pour aider les décideurs à adopter les comportements les mieux adaptés pour favoriser le bon fonctionnement des marchés financiers à long terme.

Recherche en économie

Ani Guerdjikova professeur d’université et membre du laboratoire d’économie THEMA (Théorie économique, modélisation et applications) vient de se voir nommée membre junior de l’Institut Universitaire de France (IUF). Depuis sa thèse en 2004, elle consacre son temps de recherche à l’étude du fonctionnement des marchés financiers. Elle s’intéresse principalement à l’influence des décisions sur l’évolution des marchés. Elle travaille parallèlement sur deux axes de recherche qui alimentent le premier. L’un pour comprendre les mécanismes de construction des croyances des agents financiers en fonction des données disponibles et l’influence qu’elles ont sur leurs prises de décision. L’autre pour déterminer l’influence des institutions politiques sur les marchés économiques et comment créer des modèles économiques qui les incluent.

L’IUF a retenu son projet sur l’évaluation des actifs par les marchés

Aujourd’hui, on observe que les prix (valeur des actifs) évalués par les marchés financiers ne correspondent ni aux prix réels, ni aux valeurs que prédisent les modèles économiques théoriques. C’est ce phénomène qui engendre les bulles économiques, les crises.

Ani Guerdjikova s’affaire à comprendre et expliquer ces écarts d’évaluation des prix pour savoir si, sur le long terme, il serait utile ou inutile d’intervenir sur les marchés (régulation ou pas). Elle cherche également à construire des modèles basés sur des outils mathématiques pour aider à déterminer le meilleur comportement politique vis-à-vis des marchés pour une évaluation correcte des prix à long terme.

En effet, au-delà des variables prises en compte par les modèles économiques classiques, des facteurs plus complexes interviennent sur les marchés. La psychologie des agents financiers, les décisions politiques, entre autres, impactent également le comportement des marchés.

Ani Guerdjikova a déjà étudié cette problématique dans le cadre de l’adoption des nouvelles technologies. Plus les agents financiers sont pessimistes, plus ils vont être prudents et moins ils seront prêts à adopter un nouveau produit, même si celui-ci est plus performant. L’évaluation des nouvelles technologies par les marchés sera donc biaisée. Il est probablement nécessaire de faire en sorte que des agents optimistes agissent dans les marchés. Ils sont capables de prendre des risques et sont des influenceurs pour les pessimistes lorsque qu’ils gagnent leurs paris. Le revers de la médaille est, que parfois (voire souvent), ils perdent beaucoup (ruine). Alors, ils disparaissent des marchés. Le cercle vicieux est en place, les pessimistes deviennent majoritaires et les marchés ne sont plus en cohérence avec les prix réels. Les crises arrivent.

L'influence du contexte social sur les marchés

Comme remarqué par Gregg Easterbrook, dans son ouvrage “The Progress Paradox: How Life Gets Better While People Feel Worse”, une des difficultés de notre époque est que nos sociétés sont de plus en plus pessimistes. Les agents sont aussi des êtres sociaux influencés par le contexte social. Ce climat pessimiste entraîne un fonctionnement non approprié des marchés par rapport aux besoins de nos sociétés.

Ani Guerdjikova va tenter de comprendre comment tous ces phénomènes influencent l’évaluation des actifs par les marchés. Elle va chercher à savoir quelles quantités de prudence ou de risque sont nécessaires à l’évaluation correcte des prix à long terme. Viendra ensuite la modélisation et la création d’outils pour permettre aux décideurs de prendre les mesures nécessaires.

Rendez-vous dans 5 ans pour connaître les résultats !

La cerise sur le gâteau de l’IUF

Bien sûr l’IUF est un fort soutien à l’excellence de la recherche mais il offre également une ouverture vers les autres disciplines académiques qui réjouit Ani Guerdjikova. Tous les ans, il réunit l’ensemble de ses membres toutes disciplines confondues pour échanger et réfléchir sur un thème transversal lors d’un colloque de trois jours.

En 2018, le thème sur lequel ils plancheront est la transmission, la vidéo ci-dessous présente cet événement qui se déroulera à l’université de Strasbourg.

Ani Guerdjikova

Economiste

Ani Guerdjikova

Thématiques de recherche 

Théorie de la décision
Marchés financiers
Théorie des institutions

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Son laboratoire : THEMA
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L'Institut Universitaire de France

Un institut de recherche français à part

Logo de l'IUF

L'Institut Universitaire de France (IUF) est un institut de recherche français sans mur. Créé en 1991 par l’état, sa mission est de favoriser le développement de la recherche de haut niveau dans les universités et de renforcer l'interdisciplinarité.

Pour ce faire, il nomme chaque année ses membres pour 5 ans parmi l’ensemble des enseignants-chercheurs français. Les moins de 40 ans sont les membres juniors, les plus âgés, les membres seniors. Outre l’honneur d’être choisi par ses pairs pour son niveau d’excellence et le projet présenté, être membre de l’IUF apporte un vrai confort pour approfondir sa recherche.

Pendant 5 ans chaque membre bénéficie d’un allègement de ses obligations d’enseignement pour se consacrer à la recherche et d’une somme de 15 000 euros dédiée à leur projet.

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Le site de l'IUF

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