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Réseaux sociaux et libération de la parole des femmes

14.11.2017

Ces dernières semaines, les femmes ont pris la parole de façon fracassante sur les réseaux sociaux pour dénoncer les violences sexistes ou sexuelles dont elles sont victimes. L’affaire Harvey Weinstein est apparue comme un catalyseur qui a débouché sur une libération massive de la parole. Le contraste avec le traitement traditionnel de ces sujets par les médias, souvent sous la forme de faits divers, est particulièrement frappant. Eclairage de Romain Badouard, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise et spécialiste des mobilisations en ligne.

Pourquoi la prise de parole semble-t-elle plus facile sur les réseaux sociaux alors que l’on y apparaît sous sa véritable identité ?

Dès ses débuts, Internet a permis une libération de la parole et une plus grande ouverture du débat public. Une des conditions de cette libération était l’anonymat des internautes. Aujourd’hui, avec le phénomène #balancetonporc ou #metoo, les femmes parlent en leur nom, pour donner de la force à leurs témoignages. La prise de parole personnelle vise à créer une prise de conscience. C’est assez inédit sur les réseaux sociaux.  

Est-ce une irruption de l’intime dans l’espace public ?

Les réseaux sociaux se caractérisent par un mélange très fort entre public et privé. Traditionnellement, les mobilisations citoyennes avaient lieu dans la rue. Elles étaient le reflet d’un engagement politique ou social a priori. Sur les réseaux sociaux, cette dynamique est inversée : les personnes sont incitées à agir par le biais de leurs contacts personnels. La contagion se fait par sensibilisation dans une sphère de proximité, sans qu’il y ait nécessairement un intérêt préexistant  pour le sujet. C’est vrai pour les questions d’égalité femmes-hommes mais aussi pour les autres luttes. Les réseaux sociaux créent de la politisation là où il n’y en avait pas forcément.

Quelle est la représentativité de ce mouvement ?

Ce mouvement s’est d’abord déployé sur Twitter. Or, ce réseau social n’est pas représentatif de la population française : il est surtout utilisé par des personnes urbaines, jeunes, CSP+. Les minorités, qu’elles soient sexuelles, ethniques ou religieuses, en général ont un accès limité aux médias traditionnels, les réseaux sociaux apparaissent donc comme un outil pour prendre la parole. Même si les utilisateurs de Twitter ne sont pas représentatifs de la population française, c’est un outil très utilisé par les journalistes. Ces derniers ont eu un rôle important de relai, de caisse de résonance pour ces mouvements en ligne. Si ce mouvement n’avait pas été repris par les journalistes, il aurait eu moins d’impact dans le débat public.

 

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