Recherche

Rythmes scolaires : les limites de la réforme

27.09.2017

Un tiers des communes est revenu à la semaine de quatre jours à la rentrée. Nathalie Oria, qui a mené une enquête sur la réforme des rythmes scolaires, et Béatrice Mabilon-Bonfils, chercheuse elle aussi à l’UCP, analysent les limites de la réforme des rythmes scolaires.

Comment expliquez-vous le retour à la semaine de 4 jours ?

Nathalie Oria : La plupart des municipalités qui reviennent à la semaine des 4 jours le font pour des raisons économiques. Beaucoup de petites communes, notamment dans les zones rurales, n’ont pas trouvé les moyens financiers et les personnels qualifiés pour organiser des activités périscolaires de qualité. Il existe aussi des communes, plus grandes et plus aisées, qui reviennent sur la réforme conduite sous la présidence de François Hollande pour des raisons politiques. 

Visiblement, la modification des rythmes scolaires n’a pas fait consensus. Pour quelles raisons ?

Nathalie Oria : La réforme a souffert d’un manque de concertation avec les enseignants, les équipes municipales et avec les parents d’élèves. Par exemple, le choix d’imposer le mercredi matin a été très mal vécu. Beaucoup d’enseignants et de parents ne cessent de dénoncer la fatigue des enfants en fin de semaine. La deuxième explication tient aux inégalités territoriales, selon la richesse des communes, la qualité des TAP (temps d’activités périscolaires) varie. Dans une enquête que j’ai menée dans des communes picardes paupérisées par la crise économique, les activités périscolaires manquaient d’intérêt et du coup les familles se sentaient délaissées.

Béatrice Mabilon-Bonfils : Finalement, on a donné plus à ceux qui avaient déjà plus. Les communes riches ont pu proposer des activités périscolaires de qualité. C’est de la discrimination positive à l’envers en quelque sorte. Dans certaines communes, les TAP sont payantes, du coup les familles les plus pauvres n’y mettent pas leurs enfants. Cela accroit les inégalités sociales.

Pourtant, cette mesure reposait sur des arguments scientifiques ?

Béatrice Mabilon-Bonfils : Les promoteurs de la réforme se sont appuyés notamment sur l’étude de l’Académie de médecine parue en 2010 dans laquelle des chrono-biologistes ont montré que les rythmes scolaires ne sont pas adaptés à l’efficacité des apprentissages. Beaucoup de chercheurs sont d’accord avec ce résultat et c’est aussi le cas de beaucoup de professeurs des écoles et de parents.

Des études ont-elles montré l’efficacité du changement de rythme scolaire ?

Béatrice Mabilon-Bonfils : Il n’y a pas eu de véritable évaluation sur les enfants, le service des études du ministère de l’Education nationale (DEPP) a publié une enquête sur la capacité des enfants à apprendre après la mise en place de la loi. Mais elle ne compare pas avec la situation avant la réforme.

Nathalie Oria : Ce que j’ai constaté dans mon enquête de terrain, c’est que cette loi n’a pas permis aux enfants de quitter l’école plus tôt. En France, la plupart des parents travaillent et ne peuvent pas récupérer leurs enfants à 15h30. Comme en Allemagne par exemple. Du coup, les journées à l’école sont toujours aussi longues et fatigantes.

La plateforme TechEduLab adossée au laboratoire EMA de l'université de Cergy-Pontoise lance une nouvelle publication, le Magazine de l’Education. Celui-ci a pour vocation de partager avec le plus grand nombre, réflexions et analyses sur l’éducation.

Télécharger le numéro 1 : 

Le Magazine de l'éducation N°1 - Septembre 2017 (6.4 MB)

Partager :