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Angela Merkel, 4ème candidature de la chancelière "inamovible" ?

par Michèle Weinachter

06.12.2016

Michèle Weinachter est maître de conférence à l'UFR LEI et chercheur associée au CIRAC. Elle enseigne essentiellement la langue et la civilisation allemande et donne également des cours de culture et civilisation allemande à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye.

Il y a quelques jours, Angela Merkel s'est déclarée candidate pour un 4ème mandat. Elle est gratifiée du soutien de 55% des Allemands. Comment expliquez-vous cette popularité ?

Plusieurs raisons expliquent cette popularité après plus de 10 ans passés à la Chancellerie. La première est sans doute la bonne santé de l'économie allemande, avec un chômage qui a été divisé par deux depuis qu'Angela Merkel est arrivée au pouvoir en 2005, puisqu'il est passé de 5 millions à 2,5 millions  de chômeurs - il n'a jamais été aussi bas depuis la réunification, et également une bonne tenue des finances publiques qui permet maintenant à l'Allemagne de redégager quelques marges de manœuvre pour investir dans l'avenir. Il ne faut pas oublier qu'il y a 10 ans, l'Allemagne était décrite comme "L'homme malade de l'Europe". Par ailleurs, Angela Merkel est reconnue pour sa solidité dans la gestion de crise - les crises n'ont pas manqué ces 10 dernières années, elle apparaît donc comme expérimentée, se montrant toujours prête au dialogue tout en réaffirmant sans cesse les valeurs qu'elle entend défendre.

Après la surprise du Brexit, l'élection inattendue de Donald Trump ou encore les résultats de la primaire de la droite en France, doit-on s'attendre à un nouveau revirement en Allemagne ?

En effet nombre d'événements récents montrent que nous sommes entrés, pour reprendre le titre de la une d'un hebdomadaire international cette semaine, dans un "Nouveau désordre mondial"... mais c'est justement parce qu'elle incarne un pôle de stabilité au milieu d'un monde de plus en plus imprévisible qu'Angela Merkel a de réelles chances de l'emporter l'an prochain - même si on ne sait pas encore, le cas échéant, avec quel autre parti elle formerait une coalition. Différentes options restent ouvertes pour l'heure à cet égard. Cela étant, nul ne sait ce qui peut encore se produire en Allemagne, en Europe, en Turquie et avec la Turquie, au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde d'ici un an... 

L'AFD, le parti politique populiste allemand, enchaîne les succès électoraux. Comment l'expliquez-vous ?

Le Parti Alternative für Deutschland, créé en 2012, a en effet connu un succès croissant. Au départ il s'agissait essentiellement d'un parti anti-euro, mais suite à un "putsch" interne contre le fondateur, c'est l'aile très droitière du parti qui en a pris la direction. Comme ailleurs en Europe, ce parti joue actuellement sur les inquiétudes de nombre de citoyens face aux défis auxquels sont confrontés l'Allemagne et l'Europe - notamment la mondialisation, mais également sur le rejet des étrangers, alors que l'Allemagne a accueilli près d'un million de migrants en 2015. Ses propos sont ouvertement xénophobes. Avec son discours sur la menace qui vient de l'extérieur, les étrangers sont le bouc émissaire tout désigné de ce parti -  mais rappelons que par ailleurs plus de 20 millions de citoyens allemands se sont engagés dans l'aide à l'accueil des réfugiés. L'AfD enregistre ses succès les plus importants dans les Länders issus de l'ex-RDA, une société longtemps fermée et sans culture démocratique. Au niveau national, l'AfD est actuellement créditée de 10 à 15% des intentions de vote, ce qui est beaucoup pour l'Allemagne - mais moins que dans la plupart des autres pays européens.

 

Michele Weinachter

Allemagne

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