Recherche

Les élections présidentielles américaines vues par Julien Zarifian

07.11.2016

Julien Zarifian est maître de conférences en Civilisation américaine à l’UFR langues et études internationales et chercheur au laboratoire AGORA.

À quelques jours des élections, le scandale des e-mails d’Hillary Clinton* est au plus haut. Les deux candidats sont désormais au coude à coude dans les sondages, comment expliquez-vous ce phénomène ?

Il y a effectivement un resserrement dans les sondages, mais la majorité d’entre eux donnent encore Hillary Clinton vainqueur et le système électoral américain est tel que la victoire de Donald Trump demeure, à ce stade, peu probable. Il lui faudrait gagner non pas un ou deux, mais de nombreux États où Hillary Clinton est donnée gagnante – certes parfois d’une courte tête – pour pouvoir espérer remporter l’élection. Sans être inexistantes, ses chances sont donc assez minces. En revanche, ce resserrement dans les sondages et les réactions à l’affaire des e-mails, soulignent la relative impopularité d’Hillary Clinton et montrent que la candidate démocrate ne sera pas plébiscitée et sera élue par défaut plutôt que par adhésion.  

Nous sentons aux États-Unis un désamour des partis historiques et une défiance envers les journalistes. Est-ce une aubaine pour Donald Trump ?

Oui, et c’est même son cheval de bataille. Dès les primaires républicaines, il s’est présenté comme le candidat « antisystème » et a appelé les électeurs déçus par le monde politique américain et lassés de la classe politique américaine à le soutenir. Dans le même temps et paradoxalement, Trump fait tout pour intégrer cette classe politique et ce système qu’il dit détester et s’offusque de ne pas parvenir à en faire partie pleinement et de ne pas, par exemple, recevoir un soutien unanime des pontes du parti républicain.

Depuis les primaires, tous les coups sont permis entre les deux candidats. Pensez-vous que cette image puisse nuire durablement au candidat élu ?

La campagne est indéniablement tendue et « nasty », comme disent les Américains, mais, d’une part, les campagnes présidentielles le sont souvent aux États-Unis et, d’autre part, si les bornes ont été souvent dépassées ces derniers mois, c’est le fait de Donald Trump uniquement, qui joue là sur un terrain qu’il affectionne, celui l’agressivité et l’outrance, dont il a fait sa marque de fabrique. Hillary Clinton ne s’est pas faite piéger et a su mener sa campagne sobrement – ce qui lui a parfois été reproché d’ailleurs. C’est, là aussi, un choix délibéré et calculé de sa part. En évitant de rentrer dans le jeu dans son adversaire, elle a cherché à montrer qu’elle avait l’intelligence et la retenue requises par la fonction présidentielle.

Les élections présidentielles françaises auront lieu dans quelques mois, quelles sont, selon vous, les principales différences avec les élections américaines ?

Les élections françaises à venir ressembleront à mon avis par certains aspects aux élections américaines, déjà car les présidentielles françaises sont de plus en plus médiatisées et les meetings et débats de campagne ont tendance à ressembler à des shows « à l’américaine ». Les ressemblances tiendront également au fait que les candidats ne se feront pas de cadeaux et que les arguments et postures populistes s’inviteront, à n’en point douter, dans les débats. Dans le même temps, je pense que le niveau d’intensité d’ensemble de la campagne française sera moins élevé que celui de la campagne américaine et on peut penser – et espérer – que les excès et outrances des candidats et les scandales qui l’émailleront peut-être seront moins nombreux et considérables que ceux auxquels on a assisté durant la campagne américaine qui s’achève. 

À découvrir : le portrait de chercheur de Julien Zarifian et sa page Expert

* à l'heure où nous avons réalisé cette interview, le FBI n'avait pas confirmé sa décision de ne pas poursuivre Hillary Clinton

Julien Zarifian

Civilisation américaine

Thématiques

Politique étrangère
Géopolitique
Spécialiste des États-Unis

En savoir plus

Page personnelle

Intervention Le Point

Tribune Libération

Intervention France Culture

 

Partager :