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Crayon et stylographe

Crayon : Petite pierre, pâte, charbon ou minéral qui sert à marquer, tracer, écrire, dessiner, peindre. […] Est aussi une terre dure, blanchâtre, & un peu grasse, tout-à-fait stérile.

Dictionnaire universel de Furetière (1690).

Stylographe : Instrument tenant lieu de plume à écrire (Il se compose d’un réservoir qui alimente d’encre un tube en pointe où joue une aiguille.).

Nouveau Larousse illustré de Claude Augé (7 vol. ; 1904).

Dès la fin de l’Antiquité, afin de "régler" les parchemins, les scribes utilisaient des poinçons de métal. Puis, au XIVe siècle, l’on commença à se servir d’un poinçon de plomb taillé en forme de style. Celui-ci laissait une marque grasse et avait l’avantage de ne pas creuser le parchemin ou le papier. Ces poinçons de plomb furent employés jusqu’au milieu du XIXe siècle.

C’est à cause de la nature même de ces poinçons que le nom de mine de "plomb" a été donné improprement au graphite naturel, à la "plombagine" utilisée pour les mines de crayon. Si l’on ignore à dire vrai à quelle époque la fabrication des crayons a pris naissance, on a cependant la certitude que celle-ci existait déjà au XVIe siècle. De fait, le "crayon" tire bien son nom du mot "craie", il était en effet fabriqué à l’origine avec cette roche tendre. Puis lorsque fut utilisée la "plombagine", le crayon fut constitué par les petits parallépipèdes que l’on incorporait dans une enveloppe de bois blanc ou coloré. La région de Cumberland, en Angleterre, produisait une "plombagine" de qualité supérieure, aussi l’industrie française fut-elle longtemps tributaire de l’industrie anglaise. En vérité, l’évolution du crayon est liée à cette supériorité. En effet, lorsque sous la Révolution, toute relation fut rompue entre la France et l’Angleterre, notre commerce souffrit beaucoup de la "disette" des crayons. Le Comité de Salut public décida alors de remédier à cette pénurie, et Carnot s’adressa d’urgence au chimiste français N. J. Conté. Ce dernier fut chargé de trouver des procédés pour fabriquer des crayons artificiels qui, tout naturellement, prirent son nom. Il inventa effectivement la mine composée d’un mélange cuit de graphite et d’argile permettant d’obtenir une large variété de tons. Le bois utilisé pour gainer ces crayons était nécessairement un bois approprié, tilleul et épicéa pour les crayons ordinaires, thuya ou cèdre pour les beaux crayons. Si l’Angleterre fut le lieu privilégié du développement de la plume d’acier, les États-Unis devaient être le berceau des premiers stylographes. C’est de l’insatisfaction des usagers des premiers modèles de "porte-plume à réservoir portatif" que devaient naître les premiers bons outils. Ainsi, S. Parker était-il un professeur mal rémunéré qui, mécontent des stylos fournis à ses élèves de l’école de télégraphie, se livrait dans sa chambre d’hôtel à des expériences pour perfectionner ces outils scripteurs. De même, Lewis Edson Waterman, agent d’assurance, sentait la nécessité d’un outil constamment disponible pour signer sans retard les contrats. En 1884, L. Waterman se trouve chez un client pour un contrat important, le moment vient de signer, il sort donc un "encrier de poche", mais une mauvaise manœuvre lui fait renverser le contenu de l’encombrant "encrier portatif", et voilà le contrat maculé. La signature est donc remise à plus tard mais, entre-temps, un concurrent moins maladroit emporte évidemment l’affaire. Furieux, Waterman décide alors de s’enfermer dans un atelier et de n’en sortir que lorsque sera né un "stylographe" de qualité.

La grande idée de Waterman fut d’adjoindre au canal d’alimentation du stylo-plume plusieurs canaux capillaires permettant de réguler l’échange encre-air qui était resté toujours très délicat, avec de trop nombreuses taches intempestives. C’était en effet le problème majeur à résoudre. Aussi, est-ce en partant de la loi de la capillarité, définie par le fait que les liquides sont toujours attirés en premier par les espaces les plus petits, qu’il met en place des canaux capillaires sous la plume pour rendre le débit d’encre régulier. D’où le nom du premier stylographe de Waterman : le "Régulier" !