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La rentrée, de l’absorption à la compotation

C’était le mois de septembre, il fallait habiller les enfants pour la rentrée », s’exclame avec inquiétude un des personnages d’Albert Camus dans L’Exil et le Royaume 1957). « Il avait le cœur serré, c’était la rentrée » rappelle de son côté Anatole France dans le Livre de mon ami 1885). Mélange d’appréhension et de nouveaux espoirs, la rentrée » indique bien en effet la « nouvelle » entrée dans l’année scolaire, au retour des congés d’été. Au XIIIe siècle, la rentrée désignait clairement le retour au pays, voire la retraite militaire devant l’ennemi. Ce fut ensuite, au XVIIe siècle, comme le rappelle Furetière dans son Dictionnaire universel 1690), qu’« en termes de chasse », la rentrée désigna le moment où « le gibier rentre dans le bois le matin » et « où on se met à l’affût pour le tirer ». Pas de confusion, bien sûr : aucun rapport avec les professeurs qui attendent leurs étudiants pour les accompagner dans leurs études.

Ce n’est en réalité qu’en 1822 que la formule « rentrée des classes » sera attestée avec un succès qui ne s’est jamais démenti depuis. Au passage, rappelons une tradition évoquée par Anatole France en 1907, à propos de l’« absorption » qui, rappelle-t-il, consiste en « un repas annuel offert à la promotion ancienne de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. Elle a lieu dans un restaurant du Palais Royal, le jour de la rentrée des Anciens ». C’est sans doute la seule inquiétude profonde pour nos nouveaux étudiants : que ceux de l’an dernier ne leur demandent un bon repas ! En attendant la fin de l’année avec les « compotations », un vieux mot cher à Furetière, qui définissait les bons « repas que font les Professeurs et les Écoliers » pour fêter leurs succès.

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