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Le volume

Volume : s. m. Terme tiré du Latin. Il se dit en parlant des Livres, & il signifie Tome de livre relié séparément. [Un petit Volume, un grand Volume. Il faudroit des Volumes pour tout dire. Pas. l7. Feu la Ferre de burlesque mémoire a fait plusieurs Volumes qui vont tous à la chaise percée. Ceux du Sieur G**, Son Secretaire n’ont pas un meilleur destin.]

Dictionnaire françois contenant les mots et les choses (1680), Pierre Richelet.

UN TOME est un " mot qui vient du Grec, & qui veut dire un volume " rappelle Furetière qui définit en bonne symétrie un volume comme étant un tome de livre, donnant ainsi un bel exemple de ces définitions circulaires qui renvoient les unes aux autres. Pourtant, le premier Dictionnaire universel françois et latin (1704), " vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux " comme l’indique le sous-titre dès la seconde édition (1743), se présente, n’en déplaise à Richelet, sous la forme d’un dictionnaire en deux volumes, mais avec trois tomes… Soulignons au passage que tous les dictionnaires encyclopédiques qui jusqu’à aujourd’hui évoquent le Dictionnaire de Trévoux font le même amalgame entre volume et tome, et donc se trompent tous en annonçant trois volumes pour cette première édition. On leur pardonnera cependant parce que, dans la pratique, les " tomes " et les " volumes " se confondent presque toujours. En réalité un tome, de la racine grecque tomos, action de couper (ne sommes-nous pas en train de faire l’anatomie d’un volume…), correspond à la division d’un ouvrage, prévue par l’auteur lui-même, et il est vrai que cette division se confond le plus souvent avec un volume entier. Mais le " volume " est affaire d’imprimeur, il représente le livre, l’objet, fabriqué de cuir et de feuilles rassemblées en cahiers. Ainsi, un ouvrage peut-il comporter plusieurs volumes et un volume, exceptionnellement, plusieurs tomes.

Le livre tient son origine du latin liber qui désignait originellement la pellicule située entre l’écorce et le bois et sur laquelle on pouvait écrire, ceci avant que ne soit utilisé le papyrus ou plus précisément le support fait de lamelles de papyrus, c’est-à-dire un type de roseau qui prospérait sur les bords du Nil. Les lamelles du papyrus, disposées en deux couches perpendiculaires, étaient en effet d’abord mouillées et écrasées pour bien les assembler, puis les feuilles ainsi obtenues étaient collées en rouleaux de 10 feuilles environ. C’est sur cette longue bande, du côté intérieur, celui des lamelles placées à l’horizontale, que par exemple les scribes romains écrivaient, en déroulant donc ce premier type de " volume ". Il s’agissait bien en effet d’un " volume ", le " volumen " romain - de même souche que la voluta, " bande roulée " - désignant comme on le sait les manuscrits de papyrus ou de parchemin roulés autour d’un bâtonnet. Il a fallu en réalité plusieurs siècles pour qu’à ces rouleaux (volumen) écrits sur une seule face, parchemin de peau de mouton ou de veau, blanchie et polie, se substituent progressivement des livres rectangulaires constitués de feuillets que l’on puisse tourner, manuscrits au recto comme au verso. C’est en fait sous l’empereur Auguste, que l’on avait commencé à découper le parchemin en feuilles pliées et cousues, renouant ainsi, mais avec des supports plus modernes, avec la tradition des premiers " codex ", ces tablettes de bois enduites de cire que l’on gravait et qui étaient attachées entre elles comme des livres.

Passer du rouleau et donc du " volumen ", forcément tenu à deux mains, au livre rectangulaire et donc au " codex ", facile à poser sur une table en gardant les mains libres, représentait une véritable révolution technologique. On pouvait enfin comparer deux livres ouverts, en recopier des passages, et surtout grâce à l’ajout d’index renvoyer facilement à une pagination devenue opérationnelle, sans avoir à dérouler une dizaine de mètres de " volumen ". On ne déroulait plus le livre, on l’ouvrait, on le feuilletait et enfin on le consultait. Les dictionnaires, ouvrages de consultation par excellence pouvaient alors naître.

Ainsi Furetière, en 1690, pouvait-il consacrer un article au Livre de Bibliothèque, " un Livre qu’on n’a pas d’ordinaire dans la main pour lire, mais qu’on garde dans une Bibliothèque pour y avoir recours dans le besoin, & s’instruire d’une matiere qu’on veut espuiser " en précisant qu’" on appelle aussi Instruments de Livres, les Dictionnaires, les Commentateurs ou Recueils dont on fait un pareil usage ". Quant à la " chaise percée " où vont les volumes facétieusement cités par Richelet dans son exemple, la décence nous interdit de préciser la triste destinée des feuillets qui les composent.