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Ortographïer, ortographer : "C’est écrire correctement & ne pas manquer à l’ortographe".

Dictionnaire françois, Pierre Richelet (1680).

Orthographe : "C’est la science qui descrit correctement les mots avec toutes les lettres convenables et nécessaires".

Dictionnaire universel, Antoine Furetière (1690).

Gramère fransèze d’après la réforme ortografique.

Supplément au Dictionnaire français illustré, Panthéon scientifique,littéraire, biographique, Maurice Lachâtre (1854).

Ainsi, dès la parution de notre tout premier dictionnaire monolingue, l’ort(h)ographe était-elle privée de la "huitième lettre de l’Alphabet" qui, dixit le bon Furetière, "chez les Anciens estoit une lettre numerale qui signifioit 200."

C’est en effet à Furetière que revient l’adjonction du h défaillant. Et le lexicographe d’ajouter que "le premier qui a voulu changer l’orthographe fut Jacques Pelletier du Mans, qui soutint qu’il falloit écrire comme on parle, & après lui Louïs Maigret, Pierre la Ramée dit Ramus, Jean Anthoine de Baïf." Dans la seconde édition du dictionnaire de Furetière, celle de 1702 revue et améliorée par Basnage de Bauval dans une perspective protestante, on précisera que "la chose", entendons l’orthographe en général, "est encore en contestation, & l’on n’a pu convenir d’une maniere uniforme d’orthographe". Quant au mot lui-même, Basnage de Bauval souligne que "beaucoup de bons Auteurs écrivent ortographe, & ôtent l’h qui étant jointe avec le t marque, que ce mot est composé du grec orthos qui signifie droit".

C’est en fait l’Académie française qui tranchera. L’on oublie d’ailleurs sans doute trop souvent ce que l’on doit à cette institution, créée par Richelieu en 1635, et qui tout au long du XVIIIe siècle introduit des réformes significatives de l’orthographe par le biais de son Dictionnaire, notamment dans la quatrième édition (1740). En reprenant le propos (et l’orthographe) de la première édition (1694), "on sçaura gré à l’Académie de ne s’estre point rebutée de toutes les difficultez" et d’avoir, avec l’aide d’écrivains académiciens aussi actifs que Voltaire, fait évoluer des graphies pour le moins surchargées de lettres étymologiques, ajoutées principalement au XVIe siècle, par pédantisme.

Il ne faudrait évidemment pas oublier que, beaucoup plus récemment, sous la houlette conjointe du Conseil supérieur de la langue française et de l’Académie française ont été judicieusement publiées dans le Journal officiel du 6 décembre 1990 des recommandations visant encore à simplifier notre orthographe, en instituant une tolérance pour environ 2000 mots. Des recommandations hélas bien peu connues.

Il faut avouer que le sujet a toujours été brûlant. Que l’on se souvienne seulement des propos incendiaires du lexicographe Maurice Lachâtre en 1854 : "Puisse l’encyclique révolutionnaire se transformer en torche pour incendier l’édifice vermoulu de la vieille orthographe" ! D’où l’appendice provocateur ajouté à son dictionnaire sur la Gramère fransèze d’après la réforme ortografique... 56 pages sur lés qonstruqsions, lés élémants du langaje avéq dés égsamples. Une Ortograf non retenue. On l’a échappé belle…