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Point. Terme de grammaire.

Petite marque ronde qui se fait avec le bec de la plume pour montrer que le sens du discours est achevé & que la période est finie. Un point interrogeant se fait ainsi ? & un point admiratif en cette sorte !

Dictionnaire françois tiré de l’usage et des meilleurs auteurs de la langue, P. Richelet (1680).

LA PONCTUATION, système de signes servant à la fois à indiquer les divisions d’un texte et à marquer certains rapports syntaxiques, certaines nuances affectives, ne s’est pas installée dans la langue hic et nunc : c’est en effet le fruit d’une longue gestation aboutissant à un code qui, dans la galaxie Gutenberg, s’est petit à petit fixé, mais que l’informatique est en train de réactiver via Internet. Il suffit en effet, pour s’en convaincre, de constater dans le courrier électronique le regain du tilde ( ), mot espagnol issu du latin titulus, "titre", qui nous rappelle que ce "s couché" servait déjà d’abréviation au Moyen Âge, ou encore dans le domaine des symboles, l’installation du "a commercial" (@), marquant l’adresse électronique, un signe également appelé l’a(r)robas ou l’arobase qui n’est autre qu’une récupération sur le clavier d’un symbole bien éloigné de l’informatique, puisqu’il s’agit d’une ancienne mesure de capacité (12 à 15 kg, 10 à 15 l) encore parfois en usage dans les pays ibériques. Et il serait dommage, dans cette même nouvelle dynamique, d’oublier les petits signes complices imaginés par les internautes qui, en jouant graphiquement sur les parenthèses et les tirets au début ou à la fin du texte, démarquent leurs états d’âme, leur humeur joyeuse ou en berne, à travers des sourires radieux ou au contraire, parenthèse finale aidant, jaunes…

En vérité, il faut faire un effort d’imagination pour se représenter un univers textuel sans ponctuation et sans espace entre les motset les paragraphes. Ainsi, en ce qui concerne les paragraphes, ce n’est qu’au Ve siècle avant J.-C. que dans certains textes grecs commence à figurer un trait, à la suite d’un assez long ensemble de mots, pour signaler la fin d’un paragraphe. Et si dans les célèbres tables d’Eugubines en caractères étrusques (7 inscriptions sur bronze, rare témoignage de la langue ombrienne), chaque mot est suivi de deux points pour bien le séparer du mot suivant, deux points qui se réduisent à un seul dans les mêmes tables en caractères latins, la pratique du point pour séparer les mots est loin d’être systématique tout au long du Moyen Âge. De fait, dans la France du haut Moyen Âge par exemple, l’écriture caroline instaurée sous Charlemagne reste dépourvue de ponctuation régulière et d’espacements codifiés, et les liaisons d’un mot à l’autre restent par conséquent pour le moins chaotiques, dépendant complètement des commodités graphiques.

Les tentatives de codification ne sont cependant pas récentes. En effet, au IIe siècle avant J.-C., Aristophane de Byzance avait imaginé un premier système de ponctuation en utilisant trois positions différentes du point après le mot : lorsque celui-ci se situait en haut, c’était le point parfait qui indiquait l’achèvement d’une pensée, ce qui correspond en somme à notre point à la ligne ; lorsque le point se trouvait à mi-hauteur de la dernière lettre, il s’agissait du point moyen indiquant un sens légèrement "suspendu", à la manière de notre virgule actuelle ; enfin, lorsque le point était situé comme notre point, il s’appelait le sous-point et jouait le rôle de nos deuxpoints. En réalité, ce n’est qu’avec l’apparition de l’imprimerie que s’est développée la ponctuation que nous connaissons aujourd’hui, mais avec jusqu’au XIXe siècle des règles très instables et des dénominations variables. Ainsi en est-il notamment de ces signes introduits par les humanistes italiens et que les imprimeurs ont repris à leur compte, tels que le point d’interrogation, issu du point interrogeant et du point suppliant en usage en Italie au XIVe siècle, et le point d’exclamation, longtemps appelé le point d’admiration ou point admiratif, et même le point pathétique !

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