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Virgule. s. f.

Virgule. s. f. Terme de grammaire.

C’est une manière de petite marque en forme de c renversé qu’on met à la fin des parties des periodes quand il n’y faut pas un point seul, & cela pour en distinguer les divers sens. Faire une petite virgule.

Dictionnaire françois tiré de l’usage et des meilleurs auteurs de la langue, P. Richelet (1680).

VIRGULE. s. f. Terme de grammaire.

C’est une marque faite en forme de petit e renversé, qui fait partie de la ponctuation […]. L’exactitude de cet Auteur va jusques-là, qu’il prend soin des points & des virgules. […]

Dictionnaire universel contenant generalement tous les Mots françois tant vieux que modernes, A. Furetière (1690).

PETIT c", ou "petit e" renversé, la virgula, dont le sens en latin ne se limite pas au petit bâton, mais s’associe à la brindille, au rameau, et donc au trait minuscule, fait suite aux essais de Gasparino Barzizza (1370-1431) qui écrivit la Doctrina punctandi, le premier traité de ponctuation. G. Barzizza ajoute en effet aux trois différents points d’Aristophane de Byzance (le "point d’en haut", le "point médian" et le "point d’en bas", marquant respectivement la fin d’une phrase, une pause moyenne et une courte pause) neuf nouveaux signes, dont deux sortes de virgules. Il imagine ainsi une barre oblique et le même signe, à l’horizontale, pour distinguer les différents rôles des virgules, tantôt introductions d’une incidente, virgulesparenthèses disent les contemporains, tantôt proches d’une conjonction de coordination. Le savant humaniste et imprimeur Geoffroy Tory sera en fait le premier à évoquer le point crochu qu’Estienne Dolet, également grand humaniste et éditeur, intégrera en 1540 dans De la punctuation de la langue Françoyse sous le nom d’incisum ou de virgule. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler qu’avant le développement de l’imprimerie, les manuscrits étaient presque toujours lus à haute voix, qu’il y ait un auditoire ou que l’on soit seul. Et, de fait, la ponctuation n’est là que pour permettre à la voix de se reposer, tout en faisant apparaître le sens du texte.

Une autre remarque s’impose : ce n’est que très récemment que l’écrivain est devenu maître de sa ponctuation. Cela n’a pas toujours été le cas et Voltaire, bien que très sensible à la ponctuation, n’hésitait pas à répondre à son imprimeur qu’en matière d’orthographe et de ponctuation, ce dernier restait "le maître absolu de ces petits peupleslà"… Le XIXe siècle fut à cet égard particulièrement délétère, les imprimeurs imposèrent en effet leurs règles et l’auteur n’eut guère son mot à dire. On ne rappelle pas assez souvent que dans la plupart des éditions des œuvres du XVIIe et XVIIIe reprises au XIXe siècle, la ponctuation n’est en rien celle d’origine, mais bien au contraire celle des éditeurs du XIXe siècle qui ont agi à leur guise sans même respecter les écrivains dont la ponctuation était parfois originale, à l’image de Montaigne. On se souvient que lorsque Victor Hugo, exilé à Jersey puis Guernesey, dut faire publier ses poèmes à Bruxelles, il pestait contre les innombrables virgules ajoutées à ses vers par les imprimeurs belges, au point d’appeler "insectes belgicains" ces petits signes que naguère on avait aussi plaisamment qualifiés de "pausettes" ou de "points à queue".

Les dictionnaires du Grand Siècle traduisent bien en fait la prise de conscience progressive de l’importance de la ponctuation. Ainsi, lorsque Furetière définit cette dernière, c’est pour ajouter dans les exemples, le lieu privilégié des confidences, qu’"il y a plus de diffi- culté qu’on pense à faire bien la ponctuation". "Ce correcteur d’imprimerie entend fort bien la ponctuation" ajoute-t-il d’ailleurs, apparemment satisfait des services rendus. Mais, cet avocat de formation devenu lexicographe, en procès avec l’Académie l’accusant à tort de plagiat, ne manque pas de signaler dans la définition du verbe ponctuer que l’"on a du mal à bien lire la chicane, parce qu’elle n’est jamais ponctuée". Ainsi, la ponctuation commence-t-elle à faire l’objet d’une attention soutenue, et même d’un regard au microscope… Qu’on en juge par Furetière, que le microscope fascine, et qui ne peut s’empêcher de conclure l’article consacré au point par cette remarque émouvante : "Les points d’Imprimerie les plus ronds paroissent avec le microscope herissez comme des chastaignes" !