Recherche

3 questions à François Villemonteix

Enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à l’UCP, François Villemonteix est membre du laboratoire EMA (École, Mutations et Apprentissages) et responsable du site enseignement à distance (EAD).

Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Avant de devenir enseignant-chercheur, j’ai été instituteur en province puis à Paris, conseiller pédagogique, chargé de mission au ministère de l’Éducation nationale, inspecteur de l’Éducation nationale et conseiller technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement d’un recteur.

Sur quels aspects de l’éducation portent plus précisément vos recherches ?

Mes recherches s’intéressent aux technologies informatisées en éducation et aux processus conduisant à leur diffusion dans les milieux éducatifs. Elles s’articulent essentiellement autour de trois axes.

Le premier axe concerne les pratiques pédagogiques enseignantes et les processus en jeu lors d’implantation et de diffusion d’innovation technologiques en particulier à l’école obligatoire. Par exemple, nous avons récemment décrit et analysé la manière dont les enseignants de l’école primaire s’approprient les tablettes tactiles à l’école primaire, au cours d’une recherche financée par le ministère de l’Éducation nationale.

Le deuxième axe s’intéresse aux pratiques des superviseurs pédagogiques des enseignants, autrement dit aux formes de régulation, de contrôle et d’accompagnement visibles dans les systèmes éducatifs, dans un contexte de développement du numérique. Ainsi dans une recherche, financée par l'agence universitaire de la francophonie, que nous achevons actuellement, nous observons que la mise en œuvre de dispositifs de formation à distance pour la formation continue des enseignants modifie en profondeur les pratiques d’accompagnement.

Le troisième axe porte sur les nouvelles formes d’accès et de traitement de l’information numérisée qui se développent en milieu scolaire. La question se pose de la responsabilité de l’école dans le développement de compétences adaptées à des environnements de plus en plus numériques. Nous travaillons actuellement avec des enseignants, dans le cadre d’un projet de l'agence nationale de la recherche,à ce que pourrait être un curriculum contribuant à la construction de compétences et de connaissances informatiques directement reliées aux usages d’instruments informatisés.

Quels sont les résultats actuels des études que vous menez sur l’utilisation du numérique, et plus particulièrement des tablettes, à l’école ?

Ces technologies connaissent un engouement important en milieu scolaire et les attentes institutionnelles, sociales et économiques sont très fortes. Cependant, on remarque aussi que si les caractéristiques techniques - poids, mobilité, interface tactile, connectivité - en font un instrument ergonomiquement adapté au contexte de l’école primaire, leur utilisation régulière n’est pas chose simple dans un contexte collectif qui induit un ensemble de contraintes à surmonter.

L’utilisation de ce qui est avant tout un instrument individuel nécessite, pour son exploitation en classe, des réaménagements profonds de ce qu’on appelle l’ingénierie pédagogique et vient questionner certaines compétences de l’enseignant. Par exemple, préparer des ressources numériques didactisées, les diffuser sur une flotte de tablettes, mettre en système des instruments, applications et les services en ligne associés, des espaces distants de stockage de documents et instruments de projection, mais aussi contrôler la tâche accomplie par l’élève et l’évaluer. Tout ceci réclame de nouvelles technicités, qui viennent impacter la formation initiale et continue des enseignants.

Nous avons constaté que pédagogiquement les tablettes ne constituent pas en soi des technologies de rupture et ne contrarient pas les pratiques pédagogiques précédentes sur le fond. Les enseignants les adaptent à leur style pédagogique et les combinent à d’autres instruments existants. Les tablettes conduisent cependant à ces évolutions des pratiques d’écriture et à de nouvelles situations pédagogiques que nous analysons actuellement.

Le prochain colloque international et francophone ETIC 2 - École et Technologies de l’Information et de la Communication - fera d’ailleurs un point sur les recherches en cours sur le thème de la mobilité. Ce colloque aura lieu les 14, 15 et 16 octobre sur le site de Gennevilliers de l'UCP. Cette nouvelle édition, ouverte aux formateurs de l’ESPE de l'académie de Versailles et aux inspecteurs et conseillers pédagogiques de l’académie, abordera également les questions d’enseignement de l’informatique et de supervision.