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Jacques Augé, une grande expérience de chimie

Jacques Augé, professeur émérite de chimie à l’UCP, vient de publier un ouvrage de référence sur la chimie verte. Un livre qui couronne une belle carrière d’enseignant-chercheur.

Jacques Augé est arrivé à l’UCP en 1993, « le site de Neuville n’existait pas encore, c’était épique, nous donnions nos cours dans les locaux du Conseil Général ». À l’époque, le professeur de chimie quittait l’université d’Orsay pour relever l’immense défi porté par notre université naissante. « Tout était à construire dans le département chimie ». Passionné par l’enseignement, Jacques Augé deviendra directeur du département de chimie puis de l’UFR sciences et techniques de 2000 à 2005. « Après ces cinq années, j’ai eu besoin de me ressourcer. C’est à ce moment-là que je me suis intéressé à la chimie verte ». Un oxymore pour beaucoup, la chimie rime plutôt avec pollution, toxicité… Comment peut-elle être bonne pour l’environnement ! En 2007, alors qu’il dirige le laboratoire SOSCO (aujourd’hui LCB), le chimiste reçoit l’ANR « chimie et développement durable ». Le professeur ouvre dans la foulée un premier cours « énergie, chimie et développement durable » dans le master sciences de l’environnement et un second cours intitulé « chimie verte » dans le master recherche de chimie. 

De l’oxymore au pléonasme

« La chimie verte ne m’a pas rattrapé par hasard, j’avais des prédilections pour cela : Je me suis intéressé à la glycochimie (chimie du sucre), et donc à la biomasse, dès mon doctorat. Quelques années plus tard, je me suis enthousiasmé pour la chimie dans l’eau qui démontrait que la molécule H20 était un solvant plus propre et moins cher qu’un solvant chimique habituel».

Avec ce livre consacré à la chimie verte, Jacques Augé va plus loin. Il montre que la chimie verte innovante a des objectifs économiques, environnementaux et éthiques. « Je suis militant, pas écolo rassurez-vous, mais au sens où je crois que l’écologie et l’économie ne sont pas contradictoires ». Sa vision, héritée sans doute de sa formation d’ingénieur à l’école de chimie de Paris, n’accable jamais l’industriel. « Les entreprises font plus souvent qu’on ne le croit des efforts en faveur du développement durable, ne serait-ce que réduire les déchets afin d’éviter de les traiter ».

« Vertitude » et esprit critique

Cet ouvrage, cosigné avec une consœur de l’université d’Orsay Marie-Christine Scherrmann, décrit une nouvelle chimie issue du végétal qui pourrait permettre de s’affranchir en partie de la pétrochimie. Les auteurs soulignent les améliorations apportées par de nouveaux catalyseurs, des solvants alternatifs et des procédés non conventionnels, permettant de rendre plus sûres les transformations chimiques et de réduire au maximum le rejet de substances toxiques. Ils suggèrent même quelques pistes pour le futur en précisant les faiblesses de certaines « fausses-bonnes » idées. « Prenons le cas du biocarburant, tout le monde disait que la betterave ou le colza en France était la solution miracle pour nos voitures. Mais quand on adopte une vision globale, comme j’essaie d’avoir, on réalise rapidement que cette idée pose des problèmes : il faut arroser les champs, mettre des pesticides et surtout préfère-t-on vendre la production agricole aux détenteurs de 4x4 qu’aux populations qui ont faim dans le monde ? »

Doté d’un esprit critique aigüe, Jacques Augé énumère les progrès qui restent à accomplir permettant aux jeunes chimistes à qui s'adressent ce livre, étudiants de Grandes Ecoles, de Master, doctorants, chercheurs, enseignants, de déployer leur imagination vers de nouveaux concepts. « Je suis ravi que ce livre ait paru dans la belle collection du CNRS. J’ai passé quatre années à le préparer grâce à mon statut d’émérite qui me donne accès à un bureau et aux bases de données de l’université. Je ne gagne pas ma vie en publiant cet ouvrage, c’est un acte d’un enseignant qui veut communiquer sa connaissance ». D’ailleurs le rêve de Jacques Augé est aujourd’hui de le traduire en anglais et en chinois. « En Chine, ils ont la volonté de rattraper leur retard ! ».

 

Ouvrage « Chimie verte : concepts et applications », CNRS Editions, 492 pages. Découvrez le premier chapitre : http://laboutique.edpsciences.fr

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