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Questions à Gilles Monceau sur les effets du courrier électronique sur les pratiques professionnelles

Gilles Monceau, professeur des universités en sciences de l’éducation à l’université de Cergy-Pontoise (laboratoire EMA) vient de publier, aux éditions Champ Social, un ouvrage collectif consacré au courrier électronique dans les pratiques professionnelles en éducation, santé et action sociale. Point sur un axe de recherche en plein développement.

Comment vous est venue l’idée de vous pencher sur l’usage du courrier électronique dans  les pratiques professionnelles ?

Tout est parti d’une anecdote. Dans le cadre de mes recherches sur les dispositifs d’aide à la parentalité, je suis amené à effectuer de nombreuses enquêtes de terrain. En 2010, j’assistais à une réunion pluri-professionnelle et pluri-institutionnelle qui avait été organisée par courrier électronique. Les participants ont alors décrié cette préparation, arguant que l’usage du seul courriel était insuffisant, pénalisant notamment les parents ne disposant pas de messagerie électronique. J’ai alors eu le sentiment que j’avais négligé la dimension technologique de ces pratiques professionnelles dans mes travaux. A partir de ce moment, j’y ai porté plus d’attention et j’ai organisé dès 2011 une journée d’études sur ce sujet.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé spécifiquement aux milieux de l’éducation, de la santé et du social ?

Tout d’abord, ces milieux correspondent aux orientations et ouvertures du laboratoire EMA. Ensuite, les professions éducatives, sanitaires et sociales sont proches en ce sens qu’elles partagent la mission d’intervenir auprès de sujets humains. Dans ces trois domaines, c’est entre professionnels, usagers, bénéficiaires, patients, élèves et leurs parents que des courriers électroniques sont échangés. De plus en plus souvent, l’usager est lui-même impliqué dans l’échange électronique. C’est en particulier le cas pour les étudiants "à distance", les parents d’élèves mais aussi, bien que plus rarement, les patients et "bénéficiaires" de l’action sociale.

Cet ouvrage collectif rassemble les contributions de chercheurs d’horizons divers (sciences de l’éducation, linguistique, sociologie…). Comment les avez-vous amenés à participer à ce projet autour du courrier électronique ?

Ces chercheurs avaient tous en commun de travailler sur l’écriture, même s’ils ne s’intéressaient pas spécifiquement au courrier électronique. Ils ont cependant accepté de s’y pencher et cela les a amenés à  de nouvelles réflexions, voire à de nouvelles recherches. Martine Blanc et Catherine Peyrard, par exemple, qui sont sociologues du travail, ont ainsi pu reprendre et remettre en question leurs travaux sur l’usage du courriel en milieu professionnel réalisés au début des années 2000. Elles ont ainsi constaté qu’en 10 ans l’effet du courrier électronique dans les pratiques professionnelles s’était totalement inversé : perçu comme un gain de temps par ses utilisateurs en 2002, le courriel est, 10 ans plus tard, perçu comme très chronophage !

Cet ouvrage a donc ouvert de nouveaux champs de recherche ?

Oui et c’était d’ailleurs l’un de mes objectifs principaux en lançant ce projet. Nous ne disposons en effet que de peu de travaux explorant spécifiquement les usages et effets du courriel dans ces domaines précis. Je souhaitais donc regrouper ces contributions afin de constituer une base  pour des recherches à venir. Ce travail collectif nous a déjà permis de construire et proposer une grille de lecture spécifique aux domaines qui nous intéressent. L’un des auteurs (Patrick Rousseau) débute une recherche sur l’incidence de la messagerie électronique sur l’activité professionnelle des cadres du secteur social tandis qu’une autre (Anne Pilotti, doctorante au laboratoire EMA) traite des effets du courrier électronique sur les pratiques professionnelles en milieu hospitalier.

En savoir plus :
- sur Gilles Monceau
- sur le laboratoire EMA

Le courrier électronique dans les pratiques professionnelles

en éducation, santé et action sociale : usages et effets
Éditions Champ social

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