Université

La société Qwant s’associe à l’UCP

29.03.2018

Le moteur de recherche français, Qwant, vient de signer une convention avec l’UCP. La chaire « Data Analytics » offre de belles perspectives de recherche dans les laboratoires cergypontains.

En janvier, la société Qwant, l’université de Cergy-Pontoise et la Fondation de l’UCP ont signé une convention de mécénat pour les trois années à venir. De ce partenariat naît la chaire « Data Analytics » portée essentiellement par des chercheurs en informatique du laboratoire ETIS (Equipes Traitement de l’Information et Systèmes). La  signature officielle est prévue le jeudi 29 mars à l’université, en présence des dirigeants de Qwant.

La startup française Qwant, a lancé son moteur de recherche en 2013. Emmanuel Macron déclarait deux ans plus tard : « Un Google français est en marche ». L’entreprise a bénéficié d’importantes levées de fonds ces derniers mois et espère titiller le géant Google en misant sur la protection de la vie privée des utilisateurs. « On n’installe aucun cookie sur le navigateur de l’internaute, on ne cherche pas à savoir qui il est et on ne conserve pas d’historique des requêtes effectuées », précisent les dirigeants de Qwant. 

Des thématiques de recherche porteuses

Qwant s’associe aujourd’hui à l’UCP pour développer la recherche fondamentale qui pourrait améliorer la pertinence et l’attractivité du moteur de recherche. L’objectif pour l’université est de valoriser les recherches scientifiques qui ont des répercussions dans le monde socio-économique. Les activités de recherche s’inscrivent dans des problématiques d’intérêt général portant sur la fouille de données et sur les systèmes de recherche par le contenu dans les images. Cette chaire sera aussi ouverte à d’autres laboratoires de l’UCP sur des questions transversales, comme par exemple le laboratoire LEJEP (Laboratoire d’Etudes Juridiques et Politiques) qui s’intéresse à la notion de « privacy by design ». 

« L’UCP se positionne, au travers de cette chaire, sur des thématiques sociétales d’intérêt général nécessitant des approches disruptives très porteuses, explique Olivier Romain, vice-président à la valorisation et relations entreprises. A l’ère du brontobyte, le traitement de l’information numérique en masse et la protection des données privées sont deux sujets incontournables de notre époque. Ce partenariat avec Qwant s’inscrit dans une stratégie globale de l’UCP qui se place sur le terrain de la recherche en matière de sécurité depuis l’obtention de l’Initiative d'excellence ».

Qwant entretient des liens étroits avec la recherche française, l’entreprise a déjà conclu des partenariats avec l’IRCAM pour mener des travaux sur l’indexation sonore et avec l’INRIA à Sofia Antipolis sur les questions relatives à l’Open Data.

Dan Vodislav, chercheur à ETIS et professeur à l’UCP :

« La société Qwant a deux particularités à grande valeur ajoutée : son moteur de recherche explore le web mais aussi les réseaux sociaux. C’est une innovation importante, quand on sait que Google ne le propose pas car la firme américaine est en concurrence avec Facebook et Twitter. L’autre singularité de Qwant est de respecter la vie privée de ses utilisateurs, les données saisies ne doivent pas être exploitées à des fins commerciales.

Ces deux arguments nous donnent envie de collaborer avec les équipes de Qwant. Cette nouvelle chaire nous permet tout d’abord de salarier un post-doctorant, Abdulhafiz Alkhouli, qui a réalisé une thèse à l'UCP sur le classement de résultats (Top Raking) dans un réseau social de type Twitter. Le partenariat avec Qwant offre aussi la possibilité à l’équipe d’ETIS de poursuivre ses travaux, d’encadrer de nouvelles thèses et dans l’idéal de concevoir un POC (proof of concept) qui pourrait être transféré au profit de Qwant ».

Boris Borzic, ingénieur de recherche au sein du laboratoire ETIS :

« Nous connaissions Qwant un an avant le lancement de leur moteur de recherche. Nous avons été séduits par leur approche innovante pour concurrencer Google, en proposant une interface plus riche, et une indexation multimodale plus conviviale : vidéos, images, web sémantique et surtout médias sociaux. Ces aspects rejoignent les problématiques du laboratoire ETIS. Beaucoup de laboratoires de recherche avaient été déçus par l’expérience Quaero, le « Google européen », qui a coûté 200 millions d’euros sans résultat probant. Qwant a eu le mérite de ressusciter l’intérêt général dans le monde de la recherche pour les moteurs de recherche.

Au démarrage de Qwant, personne ne comprenait l’intérêt d’offrir une alternative à Google, qui était apprécié de tous, mais l’image du groupe américain s’est détériorée avec l’affaire Snowden. Edward Snowden nous a appris en 2013 que Google traçait nos requêtes pour le gouvernement américain et les monétisait pour les entreprises du monde entier. Il est devenu urgent de diversifier nos requêtes sur des nouvelles plateformes et encore plus européennes, surtout quand on sait que Qwant respecte notre vie privée. Pour conclure, nous avons été lauréat au concours mondial d’innovation 2030 en 2014 avec Qwant, ainsi, cette convention de mécénat officialise finalement un partenariat de longue date ».

Philippe-Henri Gosselin, chercheur à ETIS et professeur à ENSEA :

« Cette convention de mécénat nous permet de recruter un ingénieur de recherche pour mettre au point un modèle de moteur de recherche performant. Nous voulons améliorer la fouille par le contenu visuel d’images et de vidéos. Le principal objectif du projet est de mêler texte et contenu visuel, par exemple faire des requêtes à partir de contenu texte et image. Par exemple, à partir d’un tweet avec une image.

Au sein du laboratoire ETIS, dans l’équipe MIDI, nous travaillons depuis des années sur ces questions avec David Picard, Hedi Tabia, Son Vu et Michel Jordan. Nous avons développé la plateforme Rétine, qui s’appuie sur l’indexation par le contenu visuel. Notre objectif est de proposer un prototype encore plus performant à Qwant d’ici deux à trois ans. On peut imaginer deux options : soit la création d’une joint-venture, une entreprise commune à Qwant et l’UCP, soit l’intégration d’un POC via une licence exclusive ».

Abdulhafiz Alkhouli, post-doctorant au laboratoire ETIS :

« J’ai effectué une thèse au sein du laboratoire ETIS dans laquelle j’ai développé des algorithmes de classement sur les réseaux sociaux, type Twitter et Facebook. Ces algorithmes Top K permettent de sélectionner les résultats les plus pertinents. Grâce au mécénat de Qwant, le laboratoire ETIS m’offre la possibilité d’effectuer un post-doctorat et de poursuivre les travaux. Durant la thèse, j’ai travaillé sur la rapidité de calcul et maintenant, je me concentre sur la qualité des résultats. L’autre défi est de faire fonctionner les algorithmes sur un cluster de machines, et non plus sur une seule machine. Mes recherches intéressent les responsables de Qwant, que j’ai rencontré en septembre dernier. C’est très valorisant de se dire qu’un grand moteur de recherche européen garde un œil sur ses travaux. Cela me motive car j’ai bon espoir que mes recherches ne restent pas au fond d’un tiroir ».

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