Université

Pourquoi les prix littéraires sont-ils aussi nombreux en France ?

21.11.2017

Prix Goncourt, Renaudot, Femina, Interallié, Grand Prix de l’Académie française, et bien d’autres encore. Au mois de novembre, l’industrie du livre agite le champ culturel. Les prix littéraires se succèdent et récompensent de nombreux auteurs contemporains. Pourquoi existe-t-il autant de prix ? Quel est leur impact sur l’économie du livre en France et à l’étranger ?

Gustavo Guerrero est professeur de littérature latino-américaine contemporaine à l’université de Cergy-Pontoise et Vice-président délégué au développement international pour l’Amérique latine, également conseiller éditorial chez Gallimard. Il nous apporte son éclairage sur ces questions.

 

Cette année, le Prix Goncourt (Eric Vuillard, L’ordre du jour) et le Prix Renaudot (Olivier Guez, La disparition de Josef Mengele) portent sur le même thème : celui de la seconde guerre mondiale et du nazisme. Observe-t-on ces dernières années des grandes thématiques dans les œuvres primées ?

Il est très rare que deux prix portent sur des sujets similaires. Il faut plutôt y voir un signe de notre époque mais l’opinion est très volatile et, de ce fait, la tendance peut varier. Par exemple, l’an dernier, le Goncourt a été remporté par Leila Slimani avec son roman Chanson douce qui était une œuvre plutôt intimiste. Les prix de cette année ont peut-être un lectorat plus ciblé, constitué de passionnés d’histoire. On disait dans les années 1990 que l’histoire était « une passion française ». On retrouve effectivement de nombreux romans s’inspirant de faits historiques parmi les lauréats du Prix Goncourt, que l’on pense à Alexis Jenni, dont L’Art français de la guerre a été primé en 2011.

Le nombre de prix littéraires semble toujours en augmentation. Quelle en est la raison ?

La multiplication des prix est liée à la surproduction de livres. A la rentrée 2017, ce sont près de 600 titres français ou étrangers qui ont été publiés. Les prix littéraires sont une façon de faire face à cette production, ce sont des instances de validation et de reconnaissance. Ils répondent également à la nécessité d’orienter le lecteur, en complément des émissions littéraires, des critiques, du bouche-à-oreille, etc.

Pourquoi une telle surproduction ?

La première explication est technologique : depuis une trentaine d’années, la chaîne du livre s’est considérablement accélérée. Il est beaucoup plus facile de produire un livre et on le produit plus rapidement qu’auparavant. Par ailleurs, la démocratisation de la lecture a permis un élargissement des publics et, par conséquente, une diversification de la production.

Quel est l’impact de ces prix pour l’industrie du livre ?

L’impact économique est très important en termes de notoriété et de ventes. Remporter un prix, pour une maison d’édition, c’est une manière de faire émerger un titre ou un auteur. A titre de comparaison, on remarque une différence de taille entre la France et l’Espagne. En Espagne, ce sont les maisons d’édition qui remettent les prix. Il s’agit d’une stratégie des éditeurs pour attirer ou fidéliser les auteurs. Le prix est donc un investissement, d’où une différence de dotation très importante, par exemple entre le Prix Planeta (601 000 euros) et le Prix Goncourt (10 euros). En France, les maisons d’éditions n’organisent pas les prix mais la notoriété d’un prix se répercute très rapidement par des ventes importantes. 

Quelles retombées à l’international ?

Les auteurs primés sont des têtes d’affiche. A ce titre, ce sont des éléments importants dans des négociations internationales pour les maisons d’édition car les lectorats internationaux connaissent les prix français. Depuis une dizaine d’années, on remarque une reprise de la littérature française au niveau global. Ainsi, en moins de dix ans, deux français ont reçu le Prix Nobel de littérature : Jean-Marie-Gustave Le Clézio (2008) et Patrick Modiano (2014). Plus récemment, Matthias Enard était finaliste du prestigieux Man Booker Prize International. C’est le signe que la relève est là, un changement de génération. Un autre exemple est celui d’Emmanuel Carrère, qui recevra le 25 novembre prochain, le Grand Prix de la Foire internationale du livre (FIL) de Guadalajara (Mexique), la plus grande du monde hispanophone, dont je suis président du jury cette année. D’ailleurs, les prochaines promotions du master IEC de l’université de Cergy-Pontoise pourront assister à la FIL puisque la convention de partenariat avec l’université de Guadalajara, qui gère cette foire, a été renouvelée et qu’un double diplôme est en préparation.

 

Partager :