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Interview de Cyril Dion, réalisateur du film Demain

Mon futur souhaitable, c’est la construction d’une économie qui régénère les écosystèmes, sans les détruire, et qui puisse répartir les richesses créées pour permettre à chacun de s’épanouir et vivre dignement sur Terre

Orienter notre société vers un système dans lequel on prendrait conscience de notre interdépendance avec l’ensemble des humains de la planète. Il n’est pas imaginable de pouvoir continuer à faire augmenter les inégalités comme nous le faisons aujourd’hui, à exploiter une partie de la planète pour en enrichir une autre. Comme ce fut le cas avec l’exploitation des ressources naturelles dans la période coloniale ou encore aujourd’hui avec la fabrication d’objets ou de technologies qui permettent aux occidentaux de consommer pour augmenter la croissance. Mon futur souhaitable, c’est la construction d’une économie qui régénère les écosystèmes, sans les détruire, et qui puisse répartir les richesses créées pour permettre à chacun de s’épanouir et vivre dignement sur Terre. Dans le film et le livre Demain, nous essayons de montrer des voies, certes imparfaites, mais qui vont dans ce sens.

La génération d’aujourd’hui arrive dans un monde en pleine mutation : les bouleversements politiques, les enjeux climatiques, la transition numérique. Quelle éducation pour quel monde demain ?

Dans Demain, nous mettons en avant le système éducatif finlandais. C’est un modèle qui permet aux enfants de découvrir leurs talents et de pouvoir les exprimer dans la diversité de ce qu’ils sont. La Finlande propose dans ses écoles une filière manuelle et une filière académique, qui sont à hauteur égale. 

En France, et pas seulement, le système éducatif est standardisé. Il met une forte pression sur les résultats reposant sur une seule forme d’apprentissage. C’est un enseignement qui apprend aux élèves à se conformer à un modèle existant plutôt qu’à découvrir leur propre manière de fonctionner. Si l’on réussit ses études, on réussit socialement. L’idée est d’avoir un bon salaire pour survivre, c’est une forme de chantage au salaire, à la survie par le salariat et qui commence dès l’école.

Nous savons qu’il existe plus de 10 formes d’intelligences (mathématique, visuelle, relationnelle…). Il me semble important de tenir compte de cette diversité pour faire en sorte que les enseignements s’y adaptent. Cela demande évidemment une liberté pédagogique pour les enseignants et les chefs d’établissements pour exercer différemment et chercher des solutions alternatives. Cela sous-entend une grande confiance et une réforme de la formation des professeurs. Aujourd’hui, ils sont formés à être excellents dans une matière mais pas à être de bons pédagogues ou à transmettre des connaissances de façon efficiente aux élèves.

Affiche du film Demain
Affiche du film Demain

Comment avez-vous choisi les exemples et les situations présentées dans le film ?

Nous avons corrélé plusieurs critères. Tout d’abord, nous voulions que les exemples existent et aient fait leurs preuves depuis un certain temps afin de pouvoir convaincre un maximum de personnes, même celles qui ne sont pas particulièrement intéressées par les questions environnementales voire carrément sceptiques. Nous voulions également des personnages charismatiques capables de raconter des histoires et qui puissent transmettre quelque chose d’ordre émotionnel et pas seulement théorique. Enfin, nous avons favorisé des lieux cinématographiques. Pour le choix des villes ayant transformé leur modèle énergétique et de transports, nous avons préféré Copenhague à Stockholm, plus visuelle. Et puis, nous voulions que ces initiatives s’articulent les unes aux autres, soient complémentaires et racontent une histoire globale.

Quels sont les points communs entre les personnes que vous avez rencontrées dans le cadre de votre film qui pourraient inspirer les chargés de missions Développement durable & Responsabilité sociétale de l’enseignement supérieur dans leurs missions ? 

Parmi les personnages rencontrés lors du repérage et du tournage, tous s’inspirent du fonctionnement des écosystèmes et partent du principe qu’il faut de la diversité pour qu’un système fonctionne. À partir du moment où il y a de la monoculture, qu’elle soit agricole, financière ou culturelle, le système n’est pas durable. Or c’est le cas aujourd’hui dans l’agriculture qui est standardisée pour permettre aux machines de passer dans les champs, qui calibre les fruits et légumes pour qu’ils répondent aux standards de la grande distribution. Idem dans l’hôtellerie ou les chaînes proposent, partout dans le monde, les mêmes hôtels et les mêmes chambres. Ces phénomènes conduisent à un appauvrissement culturel, économique et à une concentration de pouvoir très forte dans très peu de mains. 62 personnes possèdent autant que 3,5 milliards d’autres.

Avec un système en réseau fondé sur la diversité, prôné par les personnes et situations présentées dans le film, la répartition des richesses et la synergie entre les différences est plus forte. La permaculture est un bon exemple : dans un hectare on peut trouver 800 espèces en synergie les unes avec les autres. Chaque chose étant au bon endroit. C’est le cas aussi avec les monnaies complémentaires, différents usages nécessitent différentes monnaies (locales, nationales ou sectorisées) comme dans les PME suisses avec le WIR. La complémentarité des monnaies permet un écosystème plus résilient.

Chacun des cas présentés dans le film peut, à sa manière, inspirer les enseignants, les élèves ou les personnes impliquées dans ces sujets dans l’enseignement supérieur.

Qu'est ce qui pourrait donner envie à un réalisateur comme vous de faire un film sur l'enseignement supérieur?

Pour faire un film il faut avoir une histoire à raconter. Pour le moment, je n’ai pas été inspiré par l’enseignement supérieur ! Pour autant, il est important d’intégrer cette vision à l’écoleElle prépare les enfants et les jeunes adultes à construire une société dont elle est le reflet. Si nous voulons construire une autre société il faut que l’école prépare les élèves et étudiants à penser le monde différemment. Cela peut commencer par l’étude pratique d’initiatives pour s’intégrer ensuite, plus théoriquement, dans les programmes. C’est ce que vous faites à l’université de Cergy-Pontoise en essayant de comprendre ce que peuvent raconter et apporter ces exemples et comment on peut les faire évoluer en théorie.

C’est pour cette raison que j’ai accepté de venir, c’est important de parler aux jeunes. On sent un enthousiasme et un appétit de sens. Les étudiants d’aujourd’hui sont la génération qui sera confrontée à tous ces sujets et ils sont responsables des solutions qui seront apportées. C’est important d’en avoir conscience dès maintenant et d’avoir connaissance d’un certain nombre d’issues.

 

Copyright - photo Cyril Dion : Fanny Dion

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