Université

Quand il s’agit d’intérêt général, les mesures coercitives sont-elles suffisantes pour faire évoluer les comportements ?

22.05.2018

Pour Leila Elgaaied, l’exemple des mesures de circulation restreintes lors des pics de pollution à Paris en juin 2017, apporte une première réponse. Alors idée reçue ou réalité ?

3 questions à Leila Elgaaied, maître de conférences en marketing à l’UCP, Leila Elgaaied a présenté les résultats de sa recherche au congrès de l’Association Française du Marketing, le mercredi 16 mai.

Comment ont été vécues les récentes mesures de circulation restreintes ?
Leila Elgaieed : L’étude a été conduite durant la canicule de juin 2017. Une interdiction de circuler avait été émise pour les personnes sans vignette CRIT’AIR ou avec une vignette de classe 4 ou 5.
Les réactions spontanées des internautes face à la mise en place de cette mesure pour endiguer la pollution ont été recueillies en temps réel.

Les différents freins à l’application de cette mesure sont puissants :
* Discrimination sociale car la mesure repose sur la récence du véhicule et l’amende pèse davantage sur les petits revenus
* Mauvaise temporalité de la mesure prise le dernier jour du pic de pollution
* Mise en cause de la cohérence des pouvoirs publics, certaines autres activités plus polluantes ne sont pas régulées
* Mesure assimilée à un « impôt déguisé »
* Pas de compensation équivalente comme la gratuité des transports en commun qui avait pourtant été mise en place lors de précédents pics de pollution

En fait, le rejet de cette mesure est affirmé par beaucoup comme une intention d’insubordination assumée.
* Non-respect de la mesure, refus d’achat de la vignette … et la sanction est jugée dissuasive (amende de 78 euros)
* Répercussions sur l’image de la ville qui sort ternie de cette situation

Pourquoi ce rejet des mesures prises ?
Leila Elgaaied : l’étude réalisée montre que les pouvoirs publics ne peuvent se contenter de faire appliquer des mesures obligatoires, ils doivent également tenter de recueillir l’adhésion des citoyens.

Comment faire progresser cette adhésion ?
Leila Elgaaied : Plusieurs recommandations peuvent déjà être suggérées :
* Démontrer l’impact réel de la mesure par un argumentaire documenté et chiffré concernant l’impact sur la pollution de l’air
* Insister aussi sur les potentiels bienfaits de la mesure à un niveau individuel et pas seulement collectif, notamment sur les problèmes de santé
* Proposer des solutions concrètes et satisfaisantes aux citoyens lésés : compensation à la hauteur du préjudice subi et … ils ne doivent pas avoir le sentiment d’être un simple dommage collatéral. 
* Sanctionner plus fermement en cas de non-respect de la loi. La sanction n’est pas le principal motif néanmoins celle-ci doit être suffisamment dissuasive 
* La mise en place de ce type de réglementation doit intervenir à un moment jugé opportun au risque de nuire à la crédibilité de la politique publique.

Reconnaissance de « ceux qui font », compensations et sanctions sont les principaux moyens d’action. 
Ces recommandations peuvent s’appliquer plus largement à toute règlementation obligatoire qui ne ferait pas l’unanimité auprès des citoyens, comme par exemple le cas récent de l’extension de l’obligation vaccinale qui s’est avérée particulièrement impopulaire.

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