Vie étudiante

Zepha habille les murs de l’UCP 

Les mots de l’artiste

19.06.2019

Vincent Abadie Hafez, aka Zepha, grapheur et artiste né à Cergy, est l’auteur de la peinture murale « Les moulins du Don » qui habille le bâtiment des Chênes 2 de l’Université de Cergy-Pontoise. Entretien de l’artiste par Diana Burgos-Vigna, chargée de mission Culture pour l’UCP.

Photo de Vincent Abadie Hafez

Comment êtes-vous devenu graffeur?

Zepha : À la fin des années 80, je me suis engagé corps et âme dans le mouvement des graffitis apparu quelques années plus tôt à Paris et plus généralement en Europe, sous le pseudonyme de Zepha. Mon expérience avec le mouvement graffiti m'a apporté son lot d’aventures avec ses soirées à peindre collectives et, ce qui est plus important, m’a permis de travailler en profondeur sur la subversion et la stylisation de l’alphabet latin.

Avez-vous un lien particulier avec la ville de Cergy ?

Je suis un enfant de Cergy, j'y ai grandi.
La Gare de Cergy a été recouverte de graffitis dès 1985 par la première génération d'artistes (CAS, TBK ...). J'ai été très tôt attiré par ces inscriptions difficiles à déchiffrer, ils m'ont marqué à vie et largement influencés. Ma « carrière d’artiste » a donc commencé dans les rues de Cergy avec des graffitis sauvages ou primitifs, le plus souvent des travaux collectifs réalisés au milieu de la nuit sur tous les types de surfaces urbaines. D'abord dans un acte de révolte utopique rejetant un monde trop matérialiste.

Comment avez-vous forgé votre style ? Quelles ont été vos influences ?

Aussi loin que je me souvienne, je me vois avec un stylo ou un crayon dans la main, m'exprimant sur n'importe quelle surface disponible. Enfant, j'étais distrait et dans mon propre monde. Les punitions que mes professeurs m'ont infligé à l'école primaire, c'est-à-dire écrire des phrases telles que "Je ne dois pas regarder par la fenêtre pendant le cours" ou "Je ne peux pas dessiner pendant le cours" ont en fait amélioré mon écriture. Quand j'avais environ 7 ans, l'une de mes activités préférées, et aussi mon premier « succès », consistait à copier fidèlement des billets de banque. Le billet de 100 francs avec « La liberté guidant le peuple » d'Eugène Delacroix était mon préféré. J'aimais aussi passionnément la préhistoire et passais donc aussi du temps à chercher des fossiles et à tailler le silex. Puis, à l'âge de 10 ans, je me suis intéressé à Picasso, en particulier à son célèbre tableau "Les Demoiselles d'Avignon", ainsi qu'à l'art africain et ancien, aux sculptures minimalistes produites par la civilisation cycladique et à l'art islamique, via le musée du Louvre.


En quoi le mur (verticalité) et le lieu (université) ont influencé votre travail (ou pas ?)

Pour le format pas vraiment, mais le fait d'être dans une université me convient car en tant qu'éternel étudiant de la Vie, je m'y sens toujours un peu "chez moi ".

Quel sens donnez-vous à cette œuvre ? Pouvez-vous expliciter son titre ?

Le titre « Les moulins du Don » fait référence à Don Quichotte, à cette image de combat utopique, en référence à la statue Charles Gir, en bas de la Préfecture sur laquelle j'avais l'habitude de grimper lorsque j’étais enfant. Et parce que le graffiti est pour moi comme la bataille menée par Don Quichotte contre les moulins à vent du roman de Cervantes. C’est une lutte graphique utilisant les codes connus de la publicité, en particulier sa violence visuelle, pour rechercher la validation et l’affirmation de soi. Rite de passage égocentrique et recherche d'identité à travers le moyen d'expression coloré, le graffiti reste aujourd'hui la passion créative des jeunes des mégalopoles du monde entier et, à mon avis, également un catalyseur, un moyen de se défouler qui transforme le négatif énergie en énergie positive.

Mais du graffiti sauvage où l'illégalité était bien présente avec son risque de pénalité, et surtout la gratuité du geste de mes débuts à la réalisation de cette fresque autorisée sur les murs de l’UCP, et réalisée sur une machine, une marche a été gravie et c'est avec fierté que je l'ai peinte en repensant au chemin parcouru. Appelez-moi "Don" en référence aux combats contre mes moulins, mes utopies personnelles qui m'ont permis de continuer cette recherche picturale et plastique malgré le statut difficile qu'est la vie d'artiste.
Au-delà de cette référence, cette peinture est dans la suite logique de ma recherche picturale avec des thèmes comme l'accélération, la trace, le mouvement, le pont entre passé et futur, le signe et aussi les ponts entre les cultures à travers l'Écriture/ les symboles/ les différents alphabets.

Comment envisagez-vous le processus de création artistique ? Quel sens donnez-vous à votre travail ?

Le geste intrinsèque à la technique des aérosols et l’énergie des gestes calligraphiques m’ont amené à vivre la créativité comme un processus et non comme un objectif. Cette notion a ensuite influencé mes recherches graphiques post-graffiti et mon inclination vers l’abstraction. C'est devenu une chorégraphie alphabétique, tendant vers ce que j'appelle la « transe des signes ». Lorsque je crée, je suis proche d'un état de transcendance, d'une plongée profonde dans le Tout, l'Un, qui dépasse la dualité du signifiant - signifié.

Accéder à cette profondeur d'âme, à cette mémoire collective, est pour moi la mission de l'artiste, maintenant plus que jamais. Rendre visible et communiquer sur l'être réceptif qu'est l'homme. Nous ne faisons que passer et notre message en tant qu’artistes est de ré-enchanter certes, mais aussi et surtout, de pousser la conscience humaine à s’opposer à des choses comme la prospérité sans partage. Dans mes œuvres et installations, il y a une prétention à remettre en question le système mondialisé irresponsable et corrompu. La lettre ou le signe calligraphique, cette "typographie", est spéciale et provient d'une autre époque. Elle constitue le fondement nécessaire pour aborder ces questions cruciales : un corpus libre et complet qui relie la pensée humaine et la spiritualité du passé.

Pour découvrir les oeuvres de Zepha :

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Diana Burgos-Vigna, chargée de mission Culture pour l’UCP.

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