Thèmes de recherche du LT2D

Thème 1 : Langues, Lexiques, Dictionnaires

Dirigé par Olivier Bertrand et Patrick Haillet

Le thème 1 du laboratoire est centré sur des problématiques liées au lexique et à la dictionnairique. Trois sous-thèmes se répartissent les thématiques des recherches et s’appuient notamment sur le fonds dictionnairique très important du laboratoire historique Métadif.

Sous-thème 1 : lexicologie / lexicographie (néologismes, emprunts, opérateurs discursifs et figement)

La recherche a pour objet la description et l’analyse d’entités lexicales telles que les néologismes en français, les emprunts à d’autres langues en français, les emprunts au français dans d’autres langues (arabe dialectal, berbère, anglais, espagnol, etc.), les collocations/expressions figées, les opérateurs discursifs (entités dont l’emploi a pour effet de mettre en relation des points de vue construits par le discours), etc. L’objectif des investigations (cf. projet « Opérateurs discursifs du français ») est de déterminer quelles sont les propriétés phonétiques, morphologiques, syntaxiques et sémantiques de ces entités, ainsi que de décrire leur fonctionnement en appui sur l’observation de corpus variés d’énoncés attestés. La diffusion des résultats est assurée par l’élaboration de dictionnaires et/ou par la publication d’articles dans des revues scientifiques ou volumes collectifs.

Sous-thème 2 : métalexicographie et dictionnairique

Dans le cadre de ce sous-thème, les dictionnaires, notamment considérés comme corpus ou terrains linguistiques (cf. « Journées des dictionnaires », projet IUF « METALPIC », etc.), sont abordés comme objets d'étude à part entière. Dans une perspective tant diachronique que synchronique, se trouvent ainsi analysés des aspects tels que les principes et les méthodes d'élaboration de ces ouvrages, mais également leurs modes de traitement sémantique du lexique. Un accent particulier est mis sur la dictionnairique, dimension inhérente à toute entreprise lexicographique et qui concerne les différents aspects concrets de la fabrication et de la présentation, en fonction d’un public donné, de ces outils soumis à des impératifs commerciaux.

Sous-thème 3 : contextes plurilingues de l’espace francophone

Ce sous-thème s’intéresse aux situations plurilingues de l’espace francophone dans lesquelles le français est en situation de contact avec d’autres langues dans le cadre de processus variationnels, qu’il aborde dans une perspective tant sociolinguistique qu’anthropolinguistique. Un intérêt particulier est porté au statut des langues et des variétés en présence et à leur dénomination ainsi qu’aux manifestations langagières des phénomènes identitaires sous-jacents qui les traversent, des répercussions résultant du contexte post-colonial et mondialisé et enfin des processus migratoires. Les questions liées à la diglossie et aux différentes formes de conflit linguistique en situation minoritaire sont envisagées en particulier dans les contextes urbains sensibles dans une perspective de sociolinguistique urbaine.

Le sous-thème envisage également les politiques d’enseignement du français dans l’espace francophone notamment dans des contextes de précarité socioéconomique (situations de banlieues), la didactique du français en contexte plurilingue et pluriculturel et notamment la problématique du français et des langues partenaires, la didactique du plurilinguisme.

 Thème 2 : Textes, archives, traduction

Dirigé par Olivier Belin et Gustavo Guerrero

Ce thème s’intéresse aux processus de construction et de légitimation des textes (qu’ils relèvent de la littérature ou plus largement du débat d’idées), à l’exploitation de fonds concernant l’histoire littéraire et culturelle, ainsi qu’aux modes d’édition, de diffusion et de circulation des œuvres, notamment à travers la traduction. Il s’agit ici de ressaisir les textes à travers le parcours de leur mise en mots, de leur mise en livres et de leur mise en réseaux. Les grandes orientations qui composent ce thème s’appuient toutes deux sur d’importants substrats documentaires, exploitables à travers des bases de données ou des cartographies numériques qui visent à porter au jour la circulation des mots, des textes et des idées dans un monde plurilingue et pluriculturel.

Sous-thème 1 : Textes littéraires, entre construction et transmission

Ce sous-thème réinscrit les textes passés et actuels, édités ou inédits, dans des ensembles documentaires constitués : fonds d’archives, productions éditoriales, collections de périodiques ou d’ephemera (étudiés par le projet PatrimEph – Patrimonialisation des éphémères). Les chercheurs impliqués envisagent les textes littéraires, avec toute leur richesse lexicale, stylistique et poétique, comme des objets historiquement et culturellement construits, selon un processus dynamique de transmission qu’on pourrait définir avec la médiologie de Régis Debray comme la circulation des messages à travers le temps. Ce processus implique une diversité d’acteurs qui sont autant de constructeurs et de passeurs de textes : auteurs, éditeurs, revues, bibliothèques, musées, associations, collectionneurs, sociétés savantes, école et université… De là découlent les modalités essentielles de travail dans ce sous-thème : la publication de dictionnaires littéraires, la collaboration avec un solide réseau d’institutions culturelles (bibliothèques comme la BnF, musées, maisons d’écrivains, associations), l’exploitation génétique des archives et des manuscrits, la publication d’inédits et d’éditions critiques, l’appel aux outils des humanités numériques à des fins de numérisation, de fouille, d’interprétation ou d’études stylométriques (avec le DIM PRADA - Projet de Recherche sur l’Attribution d’Auteur sur Barbey d’Aurevilly et le projet André Frénaud avec la bibliothèque Jacques Doucet), mais aussi la valorisation de corpus relevant de l’extrême contemporain ou des marges de la littérature consacrée (écrivains amateurs).

Sous-thème 2 : Traduction et diffusion des textes étrangers

Le développement des études sur l’édition en France témoigne d’un changement substantiel dans notre manière d’interpréter le texte littéraire et il s’accompagne également, dans le temps, d’un processus de formation d'archives et de formation d’archives d’éditeurs, de traducteurs et de diffuseurs. En ce sens, la création de l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine (IMEC) en 1989 a non seulement permis de rassembler et d’organiser une partie importante des archives françaises pour les mettre à la disposition des chercheurs, mais elle a également entraîné une valorisation du rôle historique de la médiation éditoriale française. Aujourd’hui on a la possibilité d’accéder à une documentation qui montre l’importance du rôle de l’édition dans la chaîne du livre et qui invite à regarder avec une attention nouvelle le processus de sélection, de traduction et de promotion des œuvres étrangères, ainsi que leur insertion dans le champ littéraire français et européen. On sait que dans le domaine de l’édition des littératures étrangères, la médiation éditoriale prend de fait la forme d’une traduction complexe. Elle permet de souligner l’importance du rôle de l’éditeur en tant que passeur interculturel, car elle met en relief sa participation décisive dans le processus de formation des signes d’identité d’une littérature à travers l’inscription du texte étranger dans un contexte d’accueil qui va le transformer en l’adaptant souvent à ses propres valeurs, intérêts, possibilités et nécessités. Ce processus d’inscription dans un nouveau contexte commence avec les recherches des éditeurs et la sélection des œuvres étrangères qui seront traduites et elle se poursuit avec le travail des traducteurs, qui sont souvent aussi à l’origine de la sélection des œuvres, mais dont le regard sur les textes amène d’autres inquiétudes littéraires et culturelles qui les transforment. Ils vont les réécrire dans leur langue, c’est-à-dire qu’ils vont en accentuer certaines caractéristiques et ils vont en masquer d’autres, toujours partagés entre la nécessité de garantir l’intelligibilité et la compréhension et le souhait de faire entrer la lettre de l’étranger dans la langue et la culture réceptrices. 

Notre approche de la traduction, en tant qu’élément clé du processus de médiation éditoriale, voudrait mettre en relief le rôle actif joué par ces agents, tout en brisant le mythe de la transparence de la traduction et du travail éditorial, une idéologie bien enracinée qui veut nous faire croire que la traduction est un « calque » alors qu’elle est une négociation toujours extrêmement complexe entre le Propre et l’Etranger, comme le dit Antoine Berman.

Thème 3 : Communication, Edition, Discours

Dirigé par Joanna Nowicki et Luciana Radut-Gaghi

Ce thème s’intéresse à la circulation et la diffusion des idées, des concepts et des discours dans un monde de plus en plus globalisé. Les chercheurs développent leurs recherches sur les transferts intellectuels qui modifient les représentations et interrogent les stéréotypes. L’interculturel, le comparatisme et l’interdisciplinarité caractérisent les projets développés dans ce thème. La mise en place d’un séminaire sur l’épistémologie de la recherche au sein du Master « Ingénierie éditoriale et communication » permet de développer les outils et de les transmettre aux jeunes chercheurs. Dans tous les projets, les doctorants et les jeunes chercheurs sont invités à contribuer à la publication de la recherche.

La vie de l’esprit à l’échelle internationale, les liens entre les réseaux intellectuels en France et dans d’autres pays européens (notamment l’Europe médiane) et extra-européens (plus particulièrement l’Amérique Latine), l’usage de circuits éditoriaux, de la traduction et des lieux de convivialité culturelle intéressent les chercheurs impliqués dans ce thème.

Une réflexion sur la conscience européenne et son rapport aux autres cultures, sur les concepts spécifiques utilisés par différentes aires culturelles, sur les incommunications qui peuvent en résulter fait également l’objet des recherches menées dans ce thème (l’ouvrage Le rêve d’Europe, le volume A quoi sert la littérature, la coordination du numéro de la revue Hermès « Les incommunications européennes », la participation au volume Histoire de la conscience européenne et Le dictionnaire encyclopédique de l’Europe Médiane, à paraître aux éditions Laffont) peuvent en témoigner.

D’autres domaines de recherche qui y sont présents visent l’étude des spécificités discursives des différentes sources de communication, comme les médias, les hommes et femmes politiques, la société civile. Les objectifs de recherche se concentrent sur la participation des différents acteurs publics aux échanges à l’échelle européenne et mondiale, aux débats et polémiques sur des sujets comme le passé de l’Europe, la figure de l’autre ou l’accueil des migrants. À un niveau plus théorique, sont menées ici une analyse de l’argumentation dans l’espace communicationnel du XXIe siècle, une approche du discours journalistique par la prise en considération de la visée persuasive de ce dernier, une enquête des narrations de l’Europe par les différents acteurs, ainsi qu’une investigation des vertus du comparatisme comme méthode de recherche privilégiée.

La multitude des résultats de recherche implique une composante communicationnelle certaine, qui repose sur le partage, la visualisation, les cartographies. Quelle réflexion mener sur la communication scientifique dans les sociétés ouvertes, au-delà du caractère instrumental des techniques communicationnelles ? Quelle place a la communication scientifique dans l’innovation scientifique et les découpages disciplinaires ? Quelle relation entre communication et édition scientifique, à l’ère de l’open access ? Quelle diffusion locale, nationale, internationale des savoirs scientifiques ?

Sous-thème 1 : Edition et transferts intellectuels

Ce sous-thème est résolument interdisciplinaire et tourné vers l’international. Il est structuré autour de : sciences de l’information et de la communication, traduction, histoire de l’édition, du livre et de la lecture, circulations des idées et les transferts intellectuels véhiculés par les textes, les réseaux et l’édition.

D’une part, il voudrait enrichir un champ peu exploré jusqu'à présent : l’apport de la pensée centre-est européenne de l’après-guerre à la vie intellectuelle française ; d’autre part, il a pour vocation d’ouvrir un vaste chantier linguistique, historique et interculturel : celui qui concerne le travail des éditeurs, des traducteurs et, plus largement, des maisons d’édition françaises dans le processus de reconnaissance et de diffusion européenne et internationale des littératures de l’Amérique latine au XXème siècle.

Les problématiques qui intéressent la recherche de ce sous-thème sont : les échanges interculturels au sein de l’Europe, effets de la mondialisation sur les transferts intellectuels, notamment avec le monde latino-américain, et de l’Europe médiane dans la perspective des acteurs éditoriaux et institutionnels : examen du déploiement de la pensée et de la culture littéraire à partir du développement des traductions et des réseaux éditoriaux, historiquement ou dans le temps du contemporain. Les recherches se font également en étroite collaboration avec les thématiques du thème 1 : « Langues, Lexiques, Dictionnaires » comme ceux avec celles du thème 2 : « Textes, archives, traduction ». L’originalité de ce thème est de développer des recherches qui se fondent plus frontalement sur le circuit et les réalisations éditoriales, ce qui l’associe aussi à la recherche sur les archives de structures éditoriales également envisagées dans le deuxième thème (études en revuistique et journalisme littéraire par exemple).

Sous-thème 2 : Médias et études du discours

L’étude des spécificités discursives des différentes sources de communication, comme les médias, les hommes et femmes politiques, la société civile représente un enjeu de recherche à part au LT2D. Les objectifs de recherche se concentrent sur la participation des différents acteurs publics aux échanges à l’échelle européenne et mondiale, aux débats et polémiques sur des sujets comme le passé de l’Europe, la figure de l’autre ou l’accueil des migrants. Un réseau européen de recherche – L’Europe dans les médias en ligne (Lemel) – a été créé en 2014 et est coordonné par Luciana Radut-Gaghi. Son objectif est l’étude comparée des discours sur l’Europe dans plusieurs pays et la compréhension de l’impact des discours publics sur les attitudes envers l’Europe. En 2017-2019, l’Université Franco-Allemande a financé l’organisation de trois écoles d’été sur les Discours et représentations du passé de l’Europe (DIREPA), dont le LT2D est porteur avec l’Université de Flensburg, Allemagne.

À un niveau plus théorique, sont menées ici une analyse de l’argumentation dans l’espace communicationnel du XXIe siècle, une approche du discours journalistique par la prise en considération de la visée persuasive de ce dernier, une enquête des narrations de l’Europe par les différents acteurs, ainsi qu’une investigation des vertus du comparatisme comme méthode de recherche privilégiée. D’un point de vue épistémologique, la visée est de sortir l’étude du discours de l’ancrage dans l’approche « analyse du discours » et de croiser des méthodes linguistiques, des sciences de l’informations et de la communication, sociologiques à l’étude de l’objet vaste que représente le discours. Plusieurs membres du LT2D font partie du réseau international Discours Net, coordonnée par des chercheurs de l’Université de Warwick, dont l’objectif est l’ancrage dans ce qui commence à être désigné comme Discourse Studies, études du discours, donc une approche transversale et pluridisciplinaire de cet objet d’étude. Le LT2D accueillera le troisième congrès du réseau Discours Net en septembre 2019.